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Ouvrir sa Bible, plein de bonne volonté,
et tomber sur un texte épouvantable...

(2 Rois 2:19-25 ; Marc 9:47-49 ; Apocalypse 11:1-5)

(écouter, imprimer)

3 mai 2020
À Genève
prédication du pasteur Marc Pernot

Ces dernières semaines, plusieurs personnes m'ont envoyé un message disant qu’elles avaient profité du confinement pour commencer à lire la Bible, plein de bonne volonté (bravo), et qu’elles étaient tombé sur un os. Ces personnes ont appelé au secours : 2e bravo car ces textes en valent la peine. Ils sont sont seulement comme des noix, il faut d’abord casser la coquille, gratter à l’intérieur avant de déguster. Sinon, avec sa coquille, manger une noix ou la Bible, ça passe mal.

Quand on apprend à les décortiquer, les textes bibliques sont extraordinaires de profondeur et de richesse de sens et spiritualité.

Afin de nous nourrir, ce matin, et de nous exercer à décortiquer la Bible, je vous propose d’entendre un épisode magnifique des aventures du prophète Élisée :

Lecture de 2 Rois 2:19-25

Cette histoire est très choquante. Connaissant Jésus-Christ, il est hors de question de penser que Dieu auraient appliqué la peine de mort pour la moquerie d’un enfant. D’autant plus que le prophète Élisée est un personnage magnifique de la Bible, incarnant bien son nom de « Eli-Yasha », « mon Dieu sauve » : il ne tue pas, il bénit, il soigne, il fait vivre.

Alors que faire devant un tel texte ? Passer ? Oui, c’est une solution quand nous ne voyons pas comment un texte pourrait être cohérent avec l’amour de Dieu manifesté en Christ.

Ensuite, si l’on creuse ce texte que nous venons d’entendre, il est en réalité d’un grand secours.

Reprenons le début du texte, qui pose le sujet : les personnes de la ville dirent à Élisée : « Il fait bon demeurer dans cette ville, comme tu le vois, mais l'eau est mauvaise et le pays stérile. » (2 Rois 2:19)

Dans ces quelques mots d’ouverture, le texte présente une situation extrêmement courante :

- « Il fait bon demeurer dans cette ville, comme tu le vois » : tout va bien en apparence.

- « Mais l'eau est mauvaise et le pays stérile. » : et pourtant, sous la surface, ça ne va pas, la source de notre vie est comme amère, et notre vie ne mène à rien.

Combien de personnes sentent ainsi qu’elles ne se portent pas très bien à l’intérieur, et ne savent pas par quel bout prendre le problème ! Quand la plaie se voit, on sait où mettre le pansement et les personnes autour de nous ont plus facilement de la compassion. Mais ce mal-être est un mal invisible et puissant.

Ce texte est donc passionnant, la présentation du sujet en est fort claire. Elle nous rejoint en plein cœur, et nous avons bien besoin de secours. Nous avons bien besoin d’un Élisée, « mon Dieu qui me sauve ».

Quel dommage, allez-vous me dire que la suite du texte soit aussi épouvantable : sur un regard et un mot du prophète, 42 enfants moqueurs sont déchirés par 2 ourses. Comment comprendre cela, et même cette histoire de plat de sel à jeter dans l’eau, qu’est-ce que cela nous apporte ?

Deux outils pour interpréter les textes

Parmi les outils utilisés depuis des millénaires pour interpréter la Bible, il y en a deux que je vous propose de saisir maintenant :

1. Quand un texte est incohérent au sens premier, chercher le sens figuré.

2. La Bible nous aide à lire la Bible, cela invite à chercher les passages qui ressemblent et voir si nous y trouvons des pistes.

J’ai cherché dans ma mémoire, et je vous en propose deux, qui sont dans le Nouveau Testament.

D’abord un texte sur le sel.

Puis un texte en rapport avec les 42 enfants méchants et des 2 ourses.

Lecture de Marc 9:47-49, Apocalypse 11:1-5, orgue

Le langage de Jésus quant au sel est manifestement à comprendre au sens figuré en particulier quand il nous dit : « ayez du sel en vous-même », par exemple en nous arrachant un œil s’il causait notre chute...

Le texte de l’Apocalypse est entièrement au sens figuré, bien sûr, et il nous intéresse pour comprendre cette histoire du massacre des 42 garçons par les 2 ourses, car le texte de l’apocalypse présente exactement le même schéma, avec le mal qui règne pendant 42 mois et est éliminé par les 2 témoins. Afin de bien insister sur ces chiffres en en déployer le sens, ils sont même répétés deux fois pour les 42 mois (= 1260 jours), et même trois fois en ce qui concerne les 2 témoins-prophètes, qui sont aussi 2 oliviers et 2 chandeliers.

Ces textes du Nouveau Testament nous plongent dans un contexte culturel infiniment plus proche des rédacteurs de la Bible que nous ne le sommes.

Le sel, ainsi que la victoire des 2 quelque choses sur les 42 méchants sont à prendre comme une allégorie. Et manifestement aussi cet épisode d’Élisée, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas eu un monsieur Élisée bien serviable à la fin du IXe siècle avant Jésus-Christ (c’est une autre question).

Sans cette détresse invisible la vie serait belle

Relisons donc cette courte histoire, au sens allégorique, comme nous le suggèrent nos deux outils.

Comme souvent, dans ce type de textes, nous sommes tous les personnages de l’histoire à la fois, chacun représentant une facette de ce que nous sommes, de ce qui nous anime.

Nous sommes cette ville pour qui semble bien aller, mais qui souffre à l’intérieur de mort, d’amertume et de stérilité.

Nous sommes aussi ce prophète Élisée qui est là, dans la ville, représentant le souffle de Dieu qui est en nous par nature, car même dans le plus athée des humains, même dans le plus désespéré, il existe quelque étincelle du salut de Dieu, présent en chacune et chacun, même si c’est tout au fond du fond...

La première chose que nous propose ce texte est d’abord cette lucidité sur nous même, attentif à la fois à ce qui va dans notre vie, mais aussi à notre détresse, et encore à la présence active de Dieu en nous. C’est une attention à ces trois réalités. Comme cette lucidité s’affine ici dans le dialogue avec Élisée : c’est un travail d’introspection et de prière.

Cette prière devient écoute de ce que Dieu propose, après le temps d’introspection avec Dieu. Au lieu de donner des ordres au prophète, le peuple de cette ville écoute son conseil. Ils apportent un plat neuf avec du sel. C’est donc que, comme le dit Jésus, ils avaient bien du sel en eux-mêmes. Le sel évoque une force de purification, pour éliminer « ce qui cause notre chute », dit Jésus avec la force de son langage hyperbolique. Il s’agit bien du même sujet.

Le texte d’Élisée nous suggère de purifier en priorité nos sources plus que nos actes, plus que notre dépression ou notre caractère. Le texte dit même de « guérir » notre source, ce verbe « guérir » suggère bien qu’il s’agit plus de nous-même que d’une question matérielle. Et la stérilité dont il est question ici également.

Remplir un plat, faire ce projet neuf de guérir notre source, guérir ce qui nous irrigue. Nous avons en nous ce sel, c’est l’Esprit, le souffle de vie que Dieu nous a donné. Il peut enlever cette amertume qui salit notre source, tout ce qui nous tue à petit feu, ce qui fait avorter nos élans de vie.

Ne culpabilisons donc pas de ces maux, il faut effectivement plus fort que nous pour s’en guérir, et ce plus fort que nous est déjà en nous.

La montée vers Dieu, avec Dieu et par Dieu

Après cette première étape qui consiste à soigner nos sources, voici la personne (ou l’humanité) en forme. Une nouvelle étape est alors proposée avec l’élévation du prophète (c’est à dire de la foi en nous) : «de là (après cette 1ère étape), Élisée monta vers Béthel, il monte sur le chemin », insiste le texte. Beit-El « la maison de Dieu » est notre chez nous puisque nous sommes enfants de Dieu, tout en étant aussi enfants de cette terre, vivant dans ce monde où il fait si bon vivre, par certains côtés, avait précisé le texte en ouverture. Cette montée vise à conjuguer enfin harmonieusement notre double citoyenneté : de ce monde et du Royaume de Dieu.

Mais voilà qu’un obstacle frappe notre prophète dans sa montée : la moquerie qui vient dévaloriser cette montée spirituelle comme si elle était inutile et vaine. C’est encore un obstacle intérieur, cette voix des enfants est ce qui en moi désespère de moi-même, ce qui me dévalorise, me fait chuter dans cette élévation. Il n’est même plus Élisée, il n’est même plus prophète, il n’est même plus humain, il n’est plus que « le chauve », il est identifié à sa faiblesse, il ne voit plus que cela, et son cheminement vers le haut lui semble alors être une folle et vaine prétention.

42 enfants forment cet obstacle. Ce nombre de 42 est dans la Bible un chiffre remarquable, nous l’avons vu dans ce texte de l’Apocalypse qui marque le passage de la 6e trompette à la 7e et dernière trompette, comme du 6e au 7e jour dans la Genèse. Le 42, multiple de 6 et de 7, marque cette période trouble de transition où la création seulement vivante accouche d’une création bénie, inspirée par Dieu.

C’est de cet accouchement que parle donc le passage à travers les 42 enfants.

Entre le 6e jour et le 7e jour de la création, il y a une parole de Dieu, c’est ce qu’évoque le chiffre 2 ici, comme on le voit dans l’Apocalypse qui n’hésite pas à détailler : ce 2 qui permet de dépasser cette transition, ce 2 est prophètes, témoins, oliviers et chandeliers : c’est une source de parole vive venant de Dieu, c’est une source de bénédiction et de vocation personnelle avec l’olivier, avec le chandelier c’est la présence de Dieu en nous et au milieu de nous, une source d’éclairage qui nous rend libre de discerner par nous-même. Cette parole est comme une épée à double tranchant qui ouvre une brèche, nous dit le texte, à travers les 42 enfants. Comme la Parole de Dieu a ouvert une brèche à travers la mer rouge et le désert pour que les hébreux puissent rejoindre la terre promise, comme Christ a ouvert pour nous une brèche pour entrer dans la vie avec Dieu.

Les enfants ne sont pas déchirés un à un par les ourses, la Parole permet d’ouvrir un passage, une Pâque, parmi le 42, pour dépasser l’enfance, et entrer dans un âge adulte, celui d’une humanité pleine, « capable de Dieu ».

Élisée poursuivra ensuite son voyage, son élévation, de Beit-El il passera ensuite au mont Carmel sur les traces des prodiges faits par Élie pour vaincre les fausses adorations. Puis Élisée rentrera chez lui, en Samarie. Notre mise en forme physique, psychologique, morale et spirituelle ne nous conduit pas à sortir du monde, mais à pouvoir y vivre transformé et bienfaisant, incarnant à notre façon Élisée, le salut de Dieu, et Jésus, le salut de l’Éternel.

Concrètement

La première étape était ce projet de purification de nos sources intérieures, là où nous abreuvons notre être, notre espérance, notre psychologie. C’était une lucidité dans la réflexion et dans la prière, c’était de saler nos sources avec ce sel puissant que nous avons en nous. Un travail quotidien, simple, humble et vrai.

La seconde étape est de vaincre notre mésestime de nous-même, par la force de la Parole de bénédiction de Dieu pour nous. Ce texte n’est pas seulement théorique, des indications pratiques nous sont proposées par ce texte en quelques mots.

Quand il entend les enfants qui le rabaissent, Élisée se tourne vers eux, cela nous invite à faire face à ces voix en nous qui nous disent que nous sommes insuffisants. Certaines traductions disent que Élisée les maudits, en réalité il est écrit qu’il les abaisse. C’est sans doute vrai qu’il est chauve, mais il est aussi un humain, et il est en marche, et il monte, et il a en lui une source et du sel, il porte quelque chose de la Parole et du salut de Dieu. A côté de cela, oui, il est chauve.

Il nous faudrait donc faire face à ce sentiment de notre indignité, et le dépasser en recevant la bénédiction de Dieu sur nous, tout chauve, faible et pécheur que nous sommes, entendre cette voix de Dieu qui, dans la Genèse, regarde et dit son admiration pour nous, et dit sa bénédiction sur nous (Ge 1:31-2:3). Entendre cette voix et sentir ce Christ en nous qui nous dit que nous sommes pardonné, que notre petite foi a déjà reçu le salut de Dieu, et que, maintenant, nous pouvons avancer en paix.

Amen

Pour débattre sur cette proposition : c'est sur le blog.

Vous pouvez réagir en envoyant un mail au pasteur Marc Pernot

 

 

 

Lecture Biblique :

2 Rois 2:19-25

Les personnes de la ville dirent à Élisée : Il fait bon demeurer dans cette ville, comme tu le vois, mon seigneur, mais l'eau est mauvaise et le pays stérile.

20 Élisée dit : Apportez-moi un plat neuf et mettez-y du sel. Ils le lui apportèrent. 21Il sortit vers la source de l'eau, y jeta du sel et dit : Ainsi parle l’Éternel : J'ai guéri cette eau elle ne causera plus ni mort, ni stérilité. 22L'eau fut guérie, jusqu'à ce jour, selon la parole qu'Elisée avait prononcée.

23 Il monta de là vers Beit-El, comme il montait par le chemin, des petits garçons sortirent de la ville pour se moquer de lui, en disant : Monte, chauve ! Monte, chauve ! 24Il se tourna vers l’arrière, les vit et les méprisa au nom de l’Éternel. Alors deux ourses sortirent de la forêt et déchirèrent quarante-deux enfants. 25De là il se rendit au mont Carmel ; de là il revint à Samarie.

Marc 9:47-49

Si ton œil doit causer ta chute, arrache-le ; mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne, 48où leur ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas. 49Car chacun sera salé de feu. 50Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres.

Apocalypse 11:1-5

On me donna un roseau semblable à une baguette, en disant : Lève-toi et mesure le sanctuaire de Dieu, l'autel et ceux qui y adorent. 2 Mais la cour extérieure du sanctuaire, laisse-la de côté et ne la mesure pas, car elle a été donnée aux nations ; celles-ci fouleront aux pieds la ville sainte pendant quarante-deux mois. 3Je donnerai à mes deux témoins de parler en prophètes, vêtus de sacs, pendant mille deux cent soixante jours. 4Ce sont là les deux oliviers et les deux chandeliers qui se tiennent devant le Seigneur de la terre. 5Si quelqu'un veut leur faire du mal, du feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis.