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« Éternel, tu es le Dieu qui fait des miracles. »

(Matthieu 11:2-5 ; Matthieu 13:54-58 ; 1 Corinthiens 1:22-24)

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18 février Culte au temple de Cologny
prédication du pasteur Marc Pernot

Le miracle : un problème

Les miracles de l’Évangile ont toujours posé des questions. Du temps de Jésus ces miracles attirent à lui un public encombrant de personnes demandant des actes de magie, ce qui gêne Jésus dans sa mission. À l’inverse, quand l’apôtre Paul parle du miracle de la résurrection cela fait fuir les philosophes d’Athènes qui dialoguaient un instant avant aimablement avec lui. Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau n’était pas non plus un grand amateur des récits de prodiges, il écrit : « Ôtez les miracles de l’Évangile et toute la terre est aux pieds de Jésus-Christ ! »(Le vicaire savoyard). Aujourd’hui, une partie de la population est du même avis que Rousseau, une autre partie de la population, bien plus inquiétante, se laisse attraper par des charlatans qui ont pour fond de commerce la soif de miracle de personnes qui souffrent.

Et nous, quel peut donc être notre lecture de ces récits de miracles des évangiles ?

Un Dieu « tout puissant » ?

Commençons par un premier danger, très réel, et hélas si souvent vécu. Il y a un vrai problème théologique à penser que Dieu serait un magicien tout puissant. Ce n’est pas exact au sens biblique et cela est dévastateur pour les personnes qui souffrent, par exemple d’une grave maladie de leur enfant. Car alors, comment comprendre que Dieu ne le guérisse pas d’un coup de baguette magique ? Est-ce que Dieu n’aimerait pas cet enfant et sa famille ? Ou bien est-ce que Dieu voudrait que l’enfant vive mais que c’est le manque de foi de la famille qui ferait obstacle ? Dans tout les cas ces personnes déjà très éprouvées seront encore plus chargées par cette théologie. Elles seront culpabilisées et fragilisée dans leur relation à Dieu au moment précis où elles auraient particulièrement besoin du secours de Dieu dans leurs vies.

Il y a donc une vraie question dans l’interprétation des récits de miracle dans les évangiles. Alors que faire ?

Éliminer ces récits de miracle de notre méditation ?

La première solution est de faire comme le propose Jean-Jacques Rousseau : de ne garder dans l’Évangile que les paroles de Jésus témoignant de sa foi (de sa confiance en Dieu comme pure bienveillance), de sa philosophie, de son éthique du service, de son rapport à la religion (la relativisant comme un simple moyen) ? On a bien entendu le droit de faire cela, car les évangiles nous sont donnés afin que nous puissions nous intéresser à la personne de Jésus et nous l’approprier à notre façon, librement.

Seulement, même si cela nous gêne, il est historiquement plausible que Jésus était un prédicateur itinérant et qu’il avait aussi une activité de rebouteux (comme il en existe encore dans le Valais aujourd’hui). En effet, il n’y a pas seulement les évangiles qui en parlent, nous savons par ailleurs (Talmud) que les opposants de l’époque de Jésus l’accusaient d’être un sorcier profitant de ce don pour troubler la foi des gens.

Passons sur ce point, il y a une autre difficulté à faire l’impasse sur ces récits de miracles, c’est qu’objectivement, ils sont loin d’être un détail dans les évangiles. Il y en a des dizaines et des dizaines dans les quatre évangiles, débouchant tous sur ce miracle des miracles qu’est la résurrection du Christ. L’Évangile selon Jean est même bâti sur un plan faisant passer le lecteur de miracle en miracle, permettant de découvrir le Christ.

Nous sommes donc amenés à nous demander s’il n’y a pas mieux à faire que d’écarter simplement ces récits de prodiges d’un revers de la main.

Une lecture au sens spirituel des récits de miracle

Une deuxième solution est de lire ces textes au deuxième degré, au sens spirituel, ce qui a toujours été fait, Jésus et Paul le font déjà pour lire les récits de l’Ancien Testament. Le texte même des évangiles nous invite à cela : Jean appelle ces miracles de Jésus des « signes », ce qui nous appelle explicitement à interpréter ces récits de miracles comme parlant de nous, lecteur de ces textes, et recevoir ainsi la vie nouvelle que Dieu nous donne en Christ (Jean 20:30,-31). C’est assez simple, dans chaque récit de miracle il est facile de voir en quoi cela nous concerne au sens spirituel : nous pouvons nous reconnaître dans l’aveugle qui a besoin de voir (par la foi), nous reconnaître dans le paralytique ou le blessé qui ont du mal à avancer. Nous pouvons nous reconnaître en Marie et que notre vie soit fécondée par la Parole de Dieu, nous pouvons nous reconnaître en Lazare sur lequel Jésus pleure et qu’il ramène à la vie par son appel. Cette lecture spirituelle des textes est d’autant plus légitime que l’Évangile lui-même nous donne une relecture au sens spirituel de bien des miracles, souvent de la bouche même de Jésus (par exemple concernant la guérison de l’aveugle Jean 9:40, la multiplication des pains Marc 8:14-21 , ou le fait d’être ressuscité Jean 11:25-27).

Cette lecture spirituelle des récits de miracles est enrichissante spirituellement, et je la pratique volontiers comme cela est fait depuis des milliers d’années... Seulement, il me semble que cette lecture ne suffit pas car elle aplatit le sens du texte, elle se limite à tout lire comme si c ‘était un enseignement. Un bon enseignement, certes, mais seulement un enseignement.

L’Évangile : un enseignement et une puissance

Or l’Évangile du Christ, c’est un enseignement et c’est aussi une puissance. C’est les deux à la fois.

C’est ce que l’on voit quand Jésus répond à Jean-Baptiste qui lui fait demander si oui ou non il est le Christ. Jean-Baptiste est dubitatif c’est pourquoi il a gardé son groupe de disciples sans rejoindre Jésus (cela aussi est historique, ses descendants existent encore : ce sont les Mandéens qui ont beaucoup souffert pendant la guerre en Irak). Jésus répond à Jean-Baptiste en parlant à la fois des guérisons qu’il fait et de l’enseignement qu’il donne : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez » : il n’y a pas seulement un bel enseignement à entendre, il y a aussi des miracles à observer : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent » (Matthieu 11:5).

Le salut qu’apporte le Christ, c’est un enseignement et c’est une puissance de vie. Les deux se complétant.

C’est ce dont témoigne l’apôtre Paul dans ce célèbre texte où il dit qu’il sait ce qu’il serait bien de faire mais qu’il n’y arrive pas ; qu’il sait ce qu’il devrait éviter de faire et que pourtant il le fait quand-même (Romains 7:19) . Paul remercie alors Dieu de lui venir en aide par son Esprit pour avancer. Dans ce témoignage de Paul, nous retrouvons la sagesse et le miracle. La sagesse est utile pour former notre conscience, comme Paul, nous essayons alors de devenir meilleur, de mieux faire. Mais pour y arriver réellement, c’est une autre affaire. Nous en sommes tous là.

C’est pour cela que j’aime ces récits de miracles de l’Évangile. Ils nous disent d’abord que toute personne est digne de progresser, d’être augmentée. Ces textes nous disent aussi que c’est normal que cela dépasse nos forces, que ce serait un miracle, et que nous avons besoin pour cela d’une puissance qui dépasse nos forces. Dieu est cette puissance de résurrection et de vie.

Les enseignements des évangiles nous aident à avoir une visée idéale, ils nous mettent en route. Les récits de miracles nous aident à aller plus loin en nous ouvrant à l’aide de Dieu, bien réelle même si elle n’est pas un coup de baguette magique. Elle est comme la puissance d’une graine d’arbre jetée en terre, qui germe et qui grandit.

Le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu

Dans cet autre passage, celui de la lettre aux Corinthiens que je vous ai lue, Paul explique qu’il est bon de garder les deux : la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu que nous avons l’une et l’autre en Christ.

Paul explique que « Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs recherchent la sagesse » et qu’il serait bon de réconcilier en nous-même ces deux mondes : la prière demandant à Dieu de nous donner son Esprit, et la recherche de sagesse en méditant les enseignements et la vie de Jésus.

La sagesse, même nourrie par l’Évangile, ne suffit pas, elle a besoin de cette puissance de Dieu en nous, pour nous faire vivre. Le philosophe grec qui est en nous doit s’ouvrir à la demande de miracles, tel Moïse pour que Dieu les fasse sortir d’Égypte et avancer vers la vie.

Et cette recherche de miracles a besoin d’être orientée par ce que Jésus nous enseigne afin que notre demande de miracle ne soit pas n’importe quoi. Et que notre soif de miracles ne se tourne pas vers telle ou telle église ou charlatan, mais vers Dieu lui-même, directement.

La recherche de sagesse augmente notre savoir, la demande de miracle compte sur le pouvoir de l’Esprit de Dieu. L’Évangile nous invite à tresser ainsi ces deux dons. Pas après pas. Jour après jour.

Les proches de Jésus aussi notent que Jésus apporte ces deux choses : de la sagesse et une puissance de faire des miracles. Ils voient et ils entendent cela, mais ça les gêne. Ils refusent que cela soit possible. Ils ne trouvent pas croyable qu’un homme normal qu’ils connaissent depuis toujours puisse avoir une telle sagesse et une telle puissance. C’est qu’effectivement il y là un miracle. Cela aussi est écrit pour nous. Nous nous connaissons nous-même depuis toujours, et, souvent, nous doutons de nous-même. Nous ne nous trouvons pas tellement intelligent, ni sage, pas tellement capable ni d’être bon, ni d’aimer, ni de faire des miracles autour de nous. Et pourtant. C’est bien là qu’est le miracle : nous pouvons infiniment plus que nous le pensons. Il suffirait d’une circonstance exceptionnelle pour nous le révéler.

L’Évangile est cette bonne nouvelle que nous en sommes dignes et que Dieu nous en rend capable. Par l’Esprit, c’est non seulement possible mais Dieu est en train d’accomplir ce miracle dans le cœur de ceux qui le demandent. Déjà maintenant, et de plus en plus, nous sommes capables de sagesse et de miracles qui nous étonnerons nous-mêmes.

Grâces soient rendues à Dieu.

pasteur Marc Pernot

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Textes Bibliques

Psaume 77:15

Éternel, c’est toi le dieu qui a fait le miracle.

Matthieu 11:2-5

Jean-Baptiste ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples : 3Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? 4Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : 5les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée à ceux qui manquent.

Matthieu 13:54-58

Jésus se rendit dans son pays d’origine et se mit à enseigner dans leur synagogue, de telle sorte qu'ils étaient étonnés et disaient : D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? 55N'est-ce pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie ? Et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? 56Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D'où lui vient donc tout cela ? 57Et il était pour eux une occasion de chute. Mais Jésus leur dit : Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison. 58Et il ne fit pas, là, beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité.

1 Corinthiens 1:22-24

L'apôtre Paul :22Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs recherchent la sagesse ;
23mais nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens,
24mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

Romains 7:15-25

Je ne sais pas ce que je fais: je ne fais point ce que je veux, et je fais ce que je hais. 16 Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par là que la loi est bonne. 17 Et maintenant ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi. 18 Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair: j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. 19 Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. 20 Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. 21 Je trouve donc en moi cette loi: quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. 22 Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur; 23 mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. 24 Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?...

25 Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur!... Ainsi donc, moi-même, je suis par l’entendement esclave de la loi de Dieu, et je suis par la chair esclave de la loi du péché.

Dès maintenant et pour toujours !