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Célébration œcuménique au temple de Cologny,
dimanche 1er mars 2026
prédication du pasteur Marc Pernot
« Quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon : il est coupable d’un péché éternel. » (Marc 3:29 ; Matthieu 12:31-32) Je reçois très souvent une question angoissée par cette parole de Jésus, certaines personnes étant persuadées que c’en est fini de leur avenir éternel. Les pauvres.
Il me semble que la première chose que l’on peut dire, c’est que si une personne se pose la question de son salut, cela prouve qu’elle n’a pas rejeté tout Esprit-Saint en elle. Elle n’est donc certainement pas dans cette situation de péché irrémissible et éternel.
Ensuite, ces paroles données ici par Jésus ne sont pas une simple explication sur un point particulier, mais elles sont effectivement qualifiées de « parabole ». Cela a une portée différente. Cela signifie que Jésus est en train de nous proposer une nouvelle façon de voir les choses, une autre façon d’être, une autre logique. Sa parabole, c’est qu’« un royaume divisé contre lui-même ne peut se maintenir. » C’est à entendre comme ayant des conséquences dans notre façon de faire de la théologie, de réfléchir en éthique, jusque dans notre propre façon de fonctionner dans notre tête, dans notre cœur, dans notre foi, dans nos actes.
Mais d’abord, en ce qui concerne cette question du droit à la vie future qui angoisse tant de personnes à la lecture de ce verset, qu’est-ce que cette « parabole » de Jésus nous enseigne ? Dieu nous a donné la vie, s’il abandonnait ne serait-ce qu’une seule personne à la mort, il travaillerait alors contre lui-même et c’est le royaume de Dieu en lui-même qui serait donc compromis. Faut être logique, puisque c’est à cela que nous appelle une parabole.
Selon ce qu’enseigne Jésus ici, il est donc absolument impossible que Dieu, pour quelques raisons que ce soit, se mette à faire la tête contre une personne et l’envoie à la mort éternelle, ou même la laisse en état de mort éternelle sans prendre soin de cette personne pour la ressusciter, jusqu’à ce qu’il parvienne à lui donner la vie. Et s’il n’y arrivait pas, il ne serait plus Dieu. Parce que c’est le propre de Dieu d’être source de vie, d’agir face au chaos pour faire émerger avec puissance de la lumière puis de la vie. C’est la logique que Jésus développe ici dans sa parabole. C’est cette logique de la grâce de Dieu qu’il introduit solennellement d’un « Amen, je vous le déclare » : « Tout sera pardonné aux fils des hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu'ils ont blasphémé. »
La logique de la parabole de Jésus, c’est que jamais nous n’aurons à craindre quoi que ce soit de Dieu, en quelque circonstance que ce soit, mais que nous avons tout à espérer de lui.
Et précisément, nous en avons bien besoin, de son aide, puisque par ailleurs un terrible danger nous guette, une question apparemment de vie et de mort éternelle contre laquelle Jésus nous met en garde : c’est le péché irrémissible, le « blasphème contre l’Esprit saint ».
Mais là encore, cette « parabole » de Jésus nous vient en aide : « Un royaume divisé contre lui-même ne peut se maintenir. » Ce n’est pas Dieu qui serait à craindre, au contraire bien sûr, mais puisqu’il s’agit de la perte de nous-mêmes, le danger est dans toute situation de « division contre nous-mêmes », c’est cela qui est terriblement nocif, autodestructeur.
Cet épisode fondateur de la vie de Jésus pose d’abord la question de la division en nous-mêmes entre notre légitime instinct de survie et notre vocation au service des autres. En effet, Jésus est tellement accaparé par sa vocation d’annoncer l’Évangile et de soigner ceux qui se portent mal qu’il ne prend pas le temps de manger. Sa famille n’a pas tort de s’inquiéter : peut-être est-il « hors de lui-même », ils y voient une sorte de folie. Ce serait le cas si Jésus était « divisé en lui-même », son âme, sa vocation luttant contre son corps, le détruisant. Mais ce n’est pas le cas, en réalité. Jésus ne méprise ni ne lutte contre son corps. Au contraire, son corps et sa vie sont soulevés par l’Esprit, pas écrasés. Son corps et ses forces sont mis au service de sa vocation divine, ce qui est tout autre chose qu’une survie, c’est une « vie en abondance », une « vie qui déborde de vie » (Jean 10:10). Dans une autre situation comparable, Jésus explique : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. » (Jean 4:34)
Là où sa famille voit de la folie, une division interne en leur fils et frère, il y a bien au contraire une unification de tout son être, corps, intelligence, âme : c’est ce qu’opère l’Esprit saint en lui.
Mais c’est vrai que si l’on entend bien la parabole de Jésus, il y a là un vrai danger : que notre être intérieur se déchire entre notre corps et notre esprit, entre notre puissant ego et notre soif d’aimer, d’être utile autour de nous ; une déchirure entre notre dimension de « fils de l’homme », fils de l’humus, enfant de la poussière du sol, et l’enfant de Dieu que nous sommes aussi par notre cœur et par l’Esprit.
Cette réconciliation entre les deux est plus naturelle qu’il ne semble, mais c’est quand même un travail : un travail de hiérarchisation de ce qui nous anime, un travail de réconciliation au sein même de notre être. L’esprit a un grand rôle pour cela, mais aussi l’écoute de notre être et la réflexion, c’est pourquoi Jésus nous invite ici à nous ouvrir à l’Esprit-Saint et à réfléchir. Jésus parle de cette unification de notre être à une de ses amies qui souffrait d’une tension entre sa volonté de servir et son épuisement. Jésus lui dit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. » (Luc 10:41-42), ce que l’on peut comprendre comme « l’unification de ton être est nécessaire » : nos forces et notre âme. C’est une adaptation permanente. Ici, Jésus choisit de faire passer les besoins de son corps après son service, mais à d’autres moments il renvoie les foules assoiffées de sa Parole afin d’être seul, de pouvoir se reposer, se ressourcer. C’est ça l’unification de notre être : ni l’âme contre le corps, ni le corps contre l’âme, mais l’Esprit Saint faisant des deux une équipe.
Le risque quand on ne laisse pas agir l’Esprit, c’est celui du chaos en nous-mêmes, de division au sein même de notre Royaume, avec des problèmes d’épuisement, de perte de sens, ou les deux. Bien entendu, ce n’est absolument pas la volonté de Dieu de nous voir ainsi en souffrance, comme s’il était en colère que nous n’ayons pas laissé l’Esprit nous unifier, de l’avoir blasphémé en quelque sorte. Notre souffrance est alors seulement un symptôme.
Les intégristes de l’époque sont tellement certains que leur vérité est la vérité même de Dieu qu’ils traitent Jésus non pas de fou comme sa famille, mais de diabolique en voyant Jésus être en dehors de leur ligne officielle. Aussi bien sa famille que ces intégristes refusent que Jésus soit particulier. Ces deux groupes réagissent différemment : sa famille veut se saisir de lui pour le réintégrer de force à l’unité, les intégristes l’accusent d’être possédé par Belzébul, et se préparent donc à l’exécuter (Deutéronome 13:2-6). Dans les deux cas c’est une négation, un rejet de ce que Jésus a de particulier et de sa vocation particulière. Selon cette logique courante : l’union de la famille, de la nation ou de l’église exigerait l’uniformité des membres. La parabole de Jésus nous appelle à une autre logique, celle de l’Esprit comme source de ce que chacun a de plus unique, et permettant aussi d’assembler ces membres en un corps. Cette force, c’est l’amour du prochain et de soi-même : les deux. (Marc 12:31)
Seulement, ce n’est pas si simple, il y a aussi des particularités d’une personne qui ne sont pas positives mais qui peuvent relever d’une pathologie faisant que la personne est comme hors d’elle-même (c’est ce que l’on appelle dans ce langage imagé « avoir un démon »). Dans ce sens, la famille et les scribes n’ont pas tort, la question se pose. Seulement, ils ont manqué de discernement, de ce discernement que seul l’amour peut apporter. Jésus, lui, n’écrase pas la personne, il la délivre au contraire de ce qui l’aliène et la renvoie libre dans sa propre vie, parmi les siens : la personne n’en est que plus particulière, dans le bon sens du terme, et elle est alors à même d’apporter quelque chose d’unique dans le corps de l’humanité. Mais pour les scribes, tout ce qui sort du cadre de leur vérité (confondue avec la Vérité de Dieu) est démoniaque et doit être détruit.
Or, comme le remarque l’apôtre Paul, dans un corps il faut à la fois des yeux, des oreilles, une bouche, des mains et des pieds… Si les mains décidaient de couper tout ce qui n’est pas une main dans le corps, nous serions en situation de « royaume divisé contre lui-même » et c’en serait fini du corps. C’est l’Esprit qui, seul, peut faire que chaque membre particulier soit en forme, c’est-à-dire à la fois appliqué à sa propre vocation tout en se souciant des autres membres du corps (1 Corinthiens 12-13). C’est un fruit de l’Esprit, qui se manifeste par l’amour. Il est donc vital de s’ouvrir à cela, volontairement, consciemment.
Ce que me semble dire Jésus avec ce « blasphème contre l’Esprit », c’est tout simplement que plus on méprise le spirituel, plus rapidement c’est le chaos dans quelque personne et quelque groupe que ce soit. Hélas. Ce n’est pas la volonté de Dieu, c’est seulement un symptôme, comme la fièvre.
Ah que souffle l’Esprit en nous, et vite !
Pour débattre sur cette proposition : c'est sur le blog.
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Jésus va à la maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu'ils ne pouvaient même pas prendre leur repas. 21A cette nouvelle, les gens de sa parenté sortirent pour se saisir de lui. Car ils disaient : « Il a perdu la tête. » 22Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Belzébul » et : « C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons. »
23Jésus les ayant appelés leur dit en paraboles :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
24Et si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se maintenir.
25Et si une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra pas tenir.
26Et si le Satan s'est dressé contre lui-même et s'il est divisé, il ne peut pas tenir, c'en est fini de lui.
27Mais personne ne peut entrer dans la maison de l'homme fort et piller ses affaires, s'il n'a d'abord ligoté le costaud et alors il pillera sa maison.
28Amen, je vous déclare que tout sera pardonné aux fils des hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu'ils ont blasphémé. 29Par contre, pour qui a blasphémé contre l'Esprit Saint, il n’y a pas de pardon pour l’éternité, mais il est coupable de péché éternel. » 30Cela parce qu'ils disaient : « Il a un esprit impur. »