Chercher sa foi

Prédications

Une nouvelle façon d’être un peuple

(Jérémie 31:31-40)

(écouter l'enregistrement - voir la vidéo ci-dessous)

Culte du dimanche 26 mars 2017
prédication du pasteur Marc Pernot

Comme à peu près tous les grands prophètes d’Israël, Jérémie nous offre dans son livre un passage avec des paroles de consolation et d’espérance. Celles de Jérémie sont extrêmement fortes et parmi les plus célèbres de la Bible, à juste titre.

Ces promesses ne sont pas simplement au futur, pour la fin des temps. La traduction en français est un peu trompeuse dans tous les passages de l’Ancien Testament traduits au futur. Puisque les verbes hébreux ne se conjuguent jamais au futur mais à un temps, l’inaccompli, qui évoque indistinctement ce qui n’est pas encore totalement accompli, comme son nom l’indique, ce temps recouvre ainsi le présent et le futur à la fois. Alors est-ce pour le présent ou pour le futur que nous pouvons vivre ce chapitre de la consolation qui est le sommet du livre de Jérémie ? La réponse est dans le texte, il commence par « Voici des jours venant... », des jours, donc, qui sont à portée de la main.

Du temps même de Jérémie, ce texte était à lire comme un présent à réaliser. Jésus va plus loin, bien sûr, il parlera de ces jours là en disant que « l’heure vient et elle est déjà là ». Une sorte de changement d’heure qui dit que le futur, le temps des promesses accomplies, c’est maintenant. On ne peut pas tromper les gens là dessus, finies les promesses des lendemains qui chantent, nous dit en un mot Jésus, voyez qu’aujourd’hui chante déjà. Ce passage de Jérémie est donc devenu un des passages chéris des premiers chrétiens, qui ont reconnu dans ces promesses de Jérémie ce qui arrive dans le présent en Christ Jésus, la « Nouvelle Alliance » (ou le « Nouveau Testament », c’est la même chose).

Quoi de neuf dans cette vision de Jérémie ? Une nouvelle façon d’associer Dieu à l’humain, se trouve au cœur de ce texte :

Je mettrai ma loi au-dedans d'eux,
Je l'écrirai sur leur cœur. (31:33)

Le reste de l’annonce n’est pas très différent de ce que l’on trouve dans les alliances anciennes : le pardon gratuit de Dieu se trouve déjà annoncé en maints endroits, ainsi que le « Je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple ».

Ce qui est très nouveau dans cette association entre Dieu et l’humain c’est le caractère individuel de cette nouvelle alliance. La Torah n’est plus donnée à un Moïse pour le peuple, elle n’est plus une lettre figée dans une table de pierre, lourde comme la dalle en marbre d’un tombeau. Mais la Torah se fait écriture sur le cœur de l’humain. Une écriture vivante, donc, une écriture dynamique, conjoncturelle. Et même individuelle, puisqu’elle écrite sur chaque cœur au singulier.

Cette idée est développée dans bien des grands prophètes de la Bible, annonçant le temps du Salut de Dieu, expliquant que chacun sera ainsi prophète, directement inspiré par Dieu :

Cette inscription de la Torah dans le cœur de la personne n’est donc pas comme un fer rouge qui marquerait notre cœur de la lettre d’une Loi, ou pire, qui le programmerait selon une unique interprétation de la Loi s’imposant alors à tout cœur. Alors oui, là, il y aurait effectivement un peuple. Mais est-ce vraiment ce que veut Dieu ? Non, nous dit ce texte, ce n’est pas ainsi que Dieu espère l’humanité.

Dieu n’est pas comme ça. Il accompagne, il tient compte, il s’adapte. C’est ainsi que la Bible parle du Dieu unique en disant qu’il est «le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3:15), car Dieu a un rapport particulier avec chacun. Dans la Nouvelle Alliance c’est ainsi qu’il est avec chacun. Et la Torah en train de s’inscrire dans notre cœur est une parole spécifique pour nous et pour cet instant.

« Chacun connaîtra l’Éternel » nous dit Jérémie. Cette connaissance n’est pas un catéchisme qui nous serait téléchargé directement au cœur de notre système de conviction. Ce n’est pas le sens de ce mot hébreu de « connaissance », qui signifie une expérience directe, et même intime. « Tous me connaîtront », dit Dieu, du plus petit au plus grand, chacun aura une expérience de Dieu. Voilà ce dont Dieu rêve, ce qu’il espère et c’est ce que je vous propose d’avoir comme ambition pour vous-mêmes. Car nous en sommes capables ! Capables de Dieu (« Capax Dei » comme le dit Saint Augustin).

Nul ne dira, en définitive « Connaissez l'Éternel ! » car tous le connaîtront directement. Voilà la vision que nous pouvons avoir, voilà le but de l’église, non pas dire à la population ce que nous pensons de génial sur Dieu et sur le sens de la vie humaine, mais plutôt que chacun est digne et capable de connaître Dieu directement, et d’être éclairé en direct.

Des personnes, pourtant, me disent essayer sincèrement d’écouter Dieu, attendre, espérer entre sa Parole mais n’entendent rien. Et en sont tristes. Mais Dieu est bien moins compliqué, bien moins spectaculaire que nous ne le pensons souvent. Saint Augustin lui-même, précisément parce qu’il était d’une immense intelligence et érudition, cherchait Dieu bien trop haut, et a mis du temps à le trouver :

Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !

Et voici que tu étais au-dedans de moi-même,
et moi au-dehors, et c’est là que je te cherchais...

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi...

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.

Dieu est bien au-delà de nous, et pourtant c’est là, en nous, que nous le trouvons. Pour recevoir cette incroyable force, cette espérance et cette lumière que donne Dieu, il n’y a rien de plus simple, nous dit Jérémie, il suffit de lire dans son propre cœur ce que Dieu y a inscrit en particulier. Nous sommes faits ainsi, comme Christ notre frère nous sommes la Parole de Dieu faite chair, la Parole de Dieu faite cœur, inscrite en nous, en cette part de nous même que l’on appelait cœur et que l’on pourrait appeler en français courant notre conscience ou notre fort intérieur.

Nous sommes capables de sentir ce qui est vraiment juste, sentir ce qui met notre être en harmonie au lieu de le tordre. Pour chercher ce qui plait à Dieu (Ps. 40 :9), il me suffit de consulter ce qui plait à mon cœur puisque Dieu y a inscrit sa Torah. Sa Loi parfaite.

Génial. C’est la liberté ! Quelle fête !

Euh, oui ? Sauf que dans notre cœur, nous dit Jérémie quelques chapitres avant le passage que je vous ai lu, il n’y a pas que la Torah de Dieu qui est inscrite, il y a aussi autre chose : « Le péché est écrit avec un burin de fer, Avec une pointe de diamant ; Il est gravé sur la tablette de votre cœur, Et sur les cornes de vos autels (de ce que vous adorez). » (Jérémie 17:1)

La sincérité n’est donc pas tout. Il ne suffit pas de faire sincèrement ce qui nous plait pour être dans le vrai.

C’est ce que nous dit autrement l’histoire d’Adam et Ève. Ils sont pleinement sincères quant ils trouvent que l’arbre interdit est très désirable, ils lisent cela dans leur cœur, car le serpent est une figure de leur propre tentation qui s’exprime aussi au fond d’eux-mêmes. Mais le texte montre qu’ils sentent bien que quelque chose est tordu dans cette voix-là qui les invite à adorer leur propre jouissance personnelle. Et que cela fait une différence avec mille autres choses joyeuses et bonnes dont ils avaient profité et mille autres délices encore qu’ils pourraient choisir. Le choix qu’ils sont en train de faire n’est pas le meilleur pour eux à ce moment-là, et ils le savent très bien. Ils le savent infiniment mieux que si une table de pierre portant une vérité universelle et éternelle leur était jetée à la figure.

Notre cœur est ainsi bien complexe. Et pourtant, les prophètes de la Nouvelle Alliance nous affranchissent de la table de pierre universelle pour nous inviter à faire confiance à notre capacité de découvrir et de lire cette Torah que Dieu inscrit dans notre petit cœur, dans notre conscience à chacun. Quel risque ! Quelle audace. Ils connaissent bien la difficulté, et ils n’en font pas un obstacle à ce programme. Ils lèvent même cet obstacle et notre peur de nous tromper en mettant au cœur de cette promesse celle d’un incroyable pardon :

— Oracle de l'Éternel —
Je pardonnerai leur faute
Et je ne me souviendrai pas de leur péché.
(Jérémie 31:34)

Nous pouvons donc y aller sereinement, hardiment, oser lire dans notre cœur avec sincérité et nous sentir autorisé à y lire la Torah que Dieu lui-même est en train d’inscrire en direct rien que pour nous. C’est vrai qu’il y a une incroyable liberté dans ce projet de Dieu pour nous, projet que Dieu réalise en nous donnant une conscience éclairée par son souffle, par sa Parole. Mais de cette liberté, nous dit l’apôtre Paul, ne faisons pas un prétexte pour faire n’importe quoi. Comme des petits Adam et Ève dansant avec notre serpent en chantant « tout est permis, tralalalalère ». Il n’y a qu’une infime différence entre ces deux mots : liberté et libertin. Entre les deux, il y a pourtant comme différence énormément de joies et de souffrances, l’un est force de vie, l’autre est force de mort.

Seulement voilà, vraiment : Dieu nous rend capable d’une liberté féconde et créatrice. Il inscrit dans notre conscience sa Torah. Il nous donne à tous d’être prophète à notre façon, tous, du plus petit au plus grand, du plus jeune au plus vieux, du plus cultivé au plus illettré. Il s’exprime en nous. La plupart du temps, nous dit ce texte, Dieu s’exprime en nous comme par écrit, sa Loi est à déchiffrer dans notre conscience, dans notre cœur. La plupart du temps, c’est dans la lecture de notre plus précieux et authentique désir que nous trouverons la volonté de Dieu. Lire, c’est déchiffrer, puis interpréter. C’est donc faire passer d’abord notre analyse, puis faire passer dessus ce 2nd volet de l’action de Dieu, son pardon qui ne garde que le bien et qui oublie ce qui est mauvais. Ce souffle purificateur qui a manqué à Adam et Ève.

C’est très concret. Et cela se vit dans la prière, dans la méditation. Puisqu’aussi bien l’écriture de la Torah dans notre cœur que cette puissance active de sa purification de notre lecture se vivent dans la « connaissance » de Dieu, c’est à dire dans l’expérience d’une relation personnelle avec lui. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir son petit cœur mais de l’ouvrir avec Dieu, d’y lire avec lui ce qu’il y est inscrit par lui, et non la voix du serpent.

Très bien. Nous voilà donc armé pour être libre comme un vrai prophète du Dieu vivant, tout en ayant moins de risque de devenir un libertin pour notre plus grand malheur et pour celui de nos victimes.

Mais comment faire un peuple de cet ensemble d’innombrables prophètes, tous lisant une vérité particulière au fond de leur propre cœur ?

Dans l’ancienne alliance, une seule Torah s’imposait à tous comme un rempart, elle leur tenait lieu de foi et de constitution. Les hébreux sont ainsi « le peuple de la Torah », car elle les assemble en un seul peuple.

Mais avec cette alliance nouvelle qui fait de chacun un prophète, comment faire de cet ensemble « un peuple » comme le dit ici Jérémie ? C’est que l’unité n’est alors plus externe, comme une contrainte extérieure, mais elle est interne, systémique.

Pour faire un peuple, une communauté humaine vivable, il est évidemment bon de ne pas se tuer entre nous, de ne pas voler l’autre, de ne pas tromper ceux qui nous aiment... Dans l’ancien modèle, une table de pierre nous disait que c’est interdit de faire ce genre de chose. Dans le nouveau modèle, cela devrait nous faire vomir rien que d’y penser, comme Dieu lui-même a horreur du mal.

Est-ce possible ? Ça l’est. Progressivement, certes, mais nous pouvons réellement mesurer nos progrès, là encore, si nous lisons sincèrement en nous-mêmes.

Comment est-ce que cela pourrait être possible ? uniquement par l’action de Dieu en chacun, en moi et en toi. La sagesse, l’effort humain n’y suffisent absolument pas. Il y faut plus grand que l’humain. Il ne s’agit pas seulement d’une intériorisation de la Torah, ce n’est pas simplement une adhésion sincère aux lois du vivre ensemble (ce qui est un minimum), mais une présence vivante de Dieu en chacun. C’est l’Esprit de Dieu qui fait de nous un corps, dit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe qui se disputent comme des gamins (1 Corinthiens 12). Nous ne sommes alors plus le peuple d’une religion, ni le peuple d’un livre, ni le peuple d’une confession de foi ou d’une église, mais un corps mystique, le peuple de Dieu, qui rassemble tous ceux que Dieu éclaire du soleil et de la lune (31:35). Non pas une seule Loi, transcendante, commune à tous. Mais une loi particulière que Dieu inscrit d’une manière dynamique dans le cœur de chacun. Cette action multiple comme vrai source d’une unité vivante.

C’est un changement de paradigme très profond que cette nouvelle alliance. Il traverse toute l’histoire de la philosophie, avec la « querelle des universaux ». Mais aujourd’hui, nous sommes, comme le dit Jésus, dans un entre deux, l’heure ou nous vivons par l’Esprit étant déjà là, mais elle est aussi encore à venir. Prions donc que Dieu nous donne l’Esprit qui nous fait vivre et nous unit, et gardons peut-être quand même encore un œil sur ce bon vieux décalogue qui nous appelle à ne pas complètement faire n’importe quoi.

Amen

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Lecture de la Bible

Jérémie 31:31-40

Voici que les jours viennent,
— Oracle de l'Éternel —,
Où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison de Juda
Une alliance nouvelle,

32 Non comme l'alliance que j'ai conclue avec leurs pères,
Le jour où je les ai saisis par la main
Pour les faire sortir du pays d'Égypte,
Alliance qu'ils ont rompue,
Quoique je sois leur époux,
— Oracle de l'Éternel.

33 Mais voici l'alliance
Que je conclurai avec la maison d'Israël,
Après ces jours-là,
— Oracle de l'Éternel — :
Je mettrai ma loi au-dedans d'eux,
Je l'écrirai sur leur cœur ;
Je serai leur Dieu,
Et ils seront mon peuple.

34 Et pas un homme n'enseignera
son prochain ou son frère en disant :
« Connaissez l'Éternel ! »
Car tous me connaîtront,
depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand,
— Oracle de l'Éternel — ;
Car je pardonnerai leur faute
Et je ne me souviendrai pas de leur péché.

35 Ainsi parle l'Éternel,
Qui donne le soleil pour éclairer le jour,
Les phases de la lune et des étoiles pour éclairer la nuit,
Qui soulève la mer et fait mugir ses flots,
« l'Éternel des puissances » est son nom.

(Cf. Traduction Colombe)

 

Vidéo de la partie centrale du culte (prédication à 07:31)

(début de la prédication à 07:31)

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot