Chercher sa foi

Prédications

Rien de plus important que…

de se laver les pieds, nous dit Jésus

( Jean 12:1-8 ; Jean 13:1-12 )

(écouter l'enregistrement - voir la vidéo ci-dessous)

Culte du dimanche 6 avril 2014
prédication du pasteur Marc Pernot

Jésus insiste. Il n’y a rien de plus important que de bien se laver les pieds, sinon rien ne va plus. Et apparemment, selon le témoignage de Jean, c’est assez essentiel de se laisser laver les pieds par le Christ. D’abord, puis de se laver les pieds les uns les autres. Manifestement, c’est une idée essentielle dans l’Évangile selon Jean puisqu’au chapitre précédent, il est aussi question de laver les pieds, mais cette fois-ci c’est une fille du nom de Marie, une proche amie de Jésus, qui a l’idée incroyable de laver les pieds de Jésus avec du parfum et de les essuyer avec ses cheveux.

Purification

C’est quand même étonnant. Pourquoi insister sur cette question de pieds ? Comme le remarque l’apôtre Pierre, pourquoi ne pas parler plutôt de ce que le Christ nous apporte dans la purification de notre tête (pour avoir de belles idées) la purification de nos mains (pour faire de belles choses) ? Pourquoi ne pas insister sur le fait de bien nous laver les dents (pour mieux se nourrir) ou de purifier nos yeux & notre regard pour bien discerner les choses, nettoyer nos oreilles pour bien entendre, nettoyer notre cœur pour aimer mieux… non, dans ces textes, il n’y a rien de plus important au monde que de se laver les pieds. Il s’agit bien sûr d’un symbole pour parler de quelque chose de vital pour le monde et pour nous. Mais quoi ? Il faut faire une enquête à la Sherlock Holmes, recueillir les plus petits indices dans le texte pour découvrir le mobile de ces gestes.

Se faire serviteur

Ce geste que nous avons ici de laver les pieds d’un autre est souvent interprété comme un signe d’humilité. À l’époque, tout le monde marchait pieds nus dans la poussière ou en sandales, c’est pourquoi les personnes riches faisaient nettoyer les pieds de leurs invités par un esclave. Même si l’on ne connaît pas cette coutume, rien que le geste de s’abaisser puis de se mettre à genoux devant quelqu’un et de le servir est de toute façon, sous toutes les cultures, un geste d’humble service de l’autre.

C’est important pour comprendre le geste de Marie, puis le geste de Jésus quelques jours plus tard. Cela demande du courage et de la simplicité. C’est très bien, mais je ne pense pas que le sens profond de ces textes essentiels soit juste cette petite morale appelant à l’humilité.

D’ailleurs, Jésus n’est pas particulièrement humble dans ce texte quand il dit à Pierre qu’il ne comprend rien, puis Jésus insiste pour que Pierre accepte ce qu’il propose. Jésus n’est pas humble quand il dit ensuite à ses apôtres qu’il est effectivement « leur Seigneur et Maître », car c’est vrai qu’il l’est. L’humilité n’est pas une caractéristique de la manière d’être de Jésus, mais il n’est pas pour autant orgueilleux. Il a conscience de ce qu’il peut apporter en ce monde, heureusement, et il l’assume, tout en restant simple : s’il y a un boulot ingrat à faire, il le fait, parce que sa dignité n’est pas dans une posture de façade.

Et quand Marie essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux, le sens profond de ce geste n’est pas l’humilité, à mon avis, sinon Jésus aurait relevé Marie, car il ne veut pas du tout se faire prendre pour un roi. Quand quelqu’un se jette à ses pieds, ou quand quelqu’un lui propose de le suivre comme un petit mouton, Jésus refuse, il est spécialiste pour remettre les gens sur pieds  (c’est ce que veut dire le mot « ressucsiter »), puis Jésus les encourage à suivre leur propre cheminement : « Lève-toi, et va, ta foi t’a sauvé » (Luc 17:19).

Le geste de Marie n’est pas un geste d’humilité, mais c’est un geste de courage. Elle qui était plutôt effacée, elle ose, devant tout le monde, faire un geste tout à fait inattendu, un geste prophétique. Pourquoi ?

Oser un geste de reconnaissance

Le geste de Marie pour Jésus est un geste de reconnaissance pour ce qu’il lui a apporté.

Manifestement, ce geste de reconnaissance frappe Jésus puisque c’est un geste semblable qu’il va retenir pour résumer l’essentiel de son témoignage pour ses plus proches disciples, un dernier geste plein de sens alors qu’il n’a plus que quelques instants avant d’être arrêté puis exécuté.

Cela montre l’importance d’un geste de reconnaissance sincère. Même Jésus est transformé par la reconnaissance de Marie. En choisissant d’honorer les pieds de Jésus, elle désigne ce qui a été pour elle l’essentiel de la résurrection qu’elle a reçue de Jésus. Ce n’était pas évident, car Jésus apporte beaucoup de chose pour nous faire évoluer, nous améliorer. Jésus essaye d’apporter le salut de Dieu pour toute personne qu’il croise et pour toute la personne :

Les pieds

Tout cela est très bien. Mais dans son geste, ce n’est ni pour la solidarité de Jésus, ni pour les soins qu’il apporte, ni pour cette purification de notre relation à Dieu, ni pour son enseignement qu’elle remercie Jésus… Elle dit sa reconnaissance à Jésus en honorant ses pieds, en oignant d’huile ses pieds comme si c’était en eux qu’elle reconnaissait le point où Jésus est le plus Christ, le plus sauveur pour elle, et le plus sauveur pour le monde.

Qu’est-ce que Marie honore ainsi ? De quoi est-elle le plus reconnaissante ? Les pieds évoquent symboliquement plusieurs choses :

Alors c’est vrai qu’il vaut mieux avoir de quoi manger, être en forme, être intelligent, cultivé et sage, il est bon de se sentir aimé par Dieu, digne de vivre… Mais l’essentiel, chaque jour, est plutôt dans une bonne dynamique de cheminement, l’essentiel est dans une certaine façon d’être présent au monde qui nous entoure et d’être source de vie.

C’est tout cela qu’admire Marie dans son ami, Jésus. Mais c’est plus que de l’admiration qu’elle a pour lui. C’est de la reconnaissance pour ce qu’il lui a apporté dans ces trois dimensions. Par rapport à sa sœur Marthe, Marie un peu effacée, moins active, moins efficace, elle comprend plus lentement. Peut-être est-ce que c’est pour ça qu’elle est particulièrement reconnaissante de l’évolution qu’elle a pu vivre grâce à lui. Et c’est finalement elle qui saura discerner l’essentiel, symbolisé par les pieds. C’est elle, Marie qui trouvera le geste qui touchera tellement Jésus et qu’il reprendra lui-même, comme si, lui, le maître s’était mis à son école.

Les autres disciples ne comprennent pas trop, apparemment. Je ne parle même pas de Judas qui s’intéresse par-dessus tout à son propre intérêt, mais je pense aux autres disciples, les évangiles de Matthieu et de Marc nous disent qu’ils trouvent que des pieds, même ceux de Jésus, ne méritent pas que l’on répande 10.000€ de parfum dessus. Ils trouvent que la solidarité matérielle avec les pauvres serait bien plus utile que le geste de reconnaissance de Marie. À court terme, ils ont raison. Mais la reconnaissance a une très grande fécondité, elle agit comme un démultiplicateur. Par son geste, Marie nous aide à reconnaître ce que Jésus peut nous apporter aujourd’hui encore comme cheminement, comme vraie fidélité et comme vie. De sorte que peut-être, 2000 ans après, bien des personnes pauvres de toutes sortes de pauvreté pourront être un peu secourues.

La preuve, c’est que déjà, le geste de Marie fait réfléchir ces bons apôtres, ils se mettent à imaginer des actes de solidarité qui leur sembleraient être un bon geste de reconnaissance pour la générosité de Jésus lui-même. Alors c’est vrai qu’ils sont apparemment meilleurs pour critiquer Marie que pour agir eux-mêmes, mais bon, il y a une amorce de réflexion. Et puis le propre de la reconnaissance est de ne pas être obligatoire, au-delà de la politesse qui enseigne au moins à dire merci.

La reconnaissance est un courage

La reconnaissance de Marie est donc généreuse, elle est également courageuse. On a peur d’être ridicule en exprimant notre reconnaissance, avec nos mots maladroits, avec notre cadeau dont on a l’impression qu’il n’est rien par rapport à ce que nous avons reçu, ou au contraire exagéré comme celui de Marie. Cela demande d’autant plus de courage que Marie tient à ce que son geste de reconnaissance soit offert en public, pour que son geste offre à Jésus non seulement un vrai merci, mais un geste qui reprend le service de Jésus dans le monde, un geste qui est un témoignage, une prédication qui dit le salut de Dieu.

Jésus sait lire le geste de Marie. Il dit d’abord aux Schtroumpfs grognons d’arrêter de critiquer. Bien sûr, le geste de Marie est discutable, mais leur attitude est l’exact opposé de la reconnaissance, leur attitude est aux antipodes de la grâce.

Mais comme toujours, Jésus ne s’arrête pas à leur méchanceté, il cherche à les faire évoluer en expliquant le geste de reconnaissance de Marie. Ce que dit Jésus a de quoi les faire réfléchir, parce que, selon son habitude Jésus glisse quelque chose de bizarre dans ce qu’il dit : « Laisse-là garder ce parfum pour le jour de mon enterrement ». C’est curieux car pour ce qui est du parfum à 10.000€, Marie ne peut plus le garder pour le jour des obsèques de Jésus, ils ont été répandus sur ses pieds, et ils imprègnent en partie les cheveux de Marie. Il est impossible de remettre le parfum dans le flacon pour le garder. Donc c’est d’un autre parfum que Jésus parle, le parfum de la reconnaissance de Marie. Le parfum de sa reconnaissance est fidèle (pistikos). Comme un parfum, la reconnaissance garde la trace de celui qui est passé et qui n’est plus là. Le geste de reconnaissance va même plus loin car il réactualise le principe actif. De sorte que Marie qui a fait ce geste mais aussi les témoins qui s’empareront de ce geste d reconnaissance peuvent recevoir encore ce qu’a reçu Marie du vivant de Jésus, même au-delà de sa mort.

Jésus sent monter la jalousie parmi les responsables de l’institution, il comprend que ça va mal tourner, il est urgent de transmettre l’essentiel. La reconnaissance de Marie le touche, et son témoignage l’intéresse. C’est surprenant, toujours, d’apprendre d’un adulte ce qu’il l’a touché quand il était enfant dans ce qu’ont pu faire ses parents, par exemple, ou un professeur. Tel geste, telle parole a été un déclencheur de quelque chose. Dans son geste de reconnaissance, Marie a cherché à dégager ce qui l’a bouleversé le plus en Jésus, son ami et sauveur. Cela aide Jésus a préparer un dernier geste symbolique pour ses apôtres, un geste qui sera comme son testament. Ce geste, c’est celui du lavage des pieds.

Jésus ajoute, pour expliquer ce geste, quelque chose d’étrange : « Celui qui a été baigné n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur. » Comment est-ce possible, si quelqu’un s’est baigné entièrement, devrait être tout propre, il n’y aurait plus rien à laver ? Et Jésus leur dit que oui, nous sommes déjà purs, mais qu’il faut quand même qu’il leur lave les pieds, sinon nous ne seront pas partie-prenante de sa vie, de son être.

C’est vrai, nous sommes déjà purs aux yeux de Dieu, par son amour… même si nous sommes un peu arrogants comme Pierre, si sûr qu’il ne trahira pas, lui ! Pierre respectant Jésus comme Seigneur mais refusant de se laisser bouleverser dans ce qu’il croit absolument savoir du salut en Jésus-Christ.

Oui il faut que Jésus nous lave les pieds, et c’est souvent les uns par les autres qu’il nous invite à le faire. Tour à tour, mutuellement. Un pied après l’autre. Et être enfin vivants.

Amen.

Vous pouvez réagir en envoyant un mail au pasteur Marc Pernot.

 

Lecture de la Bible

Jean 12 :1-8

1 Six jours avant la Pâque, Jésus alla à Béthanie, où était Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts. 2 Ils préparèrent un grand dîner pour lui. Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui.

3 Marie, ayant pris une livre d’un parfum de parfum de bonne facture et de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle essuya ses pieds avec ses cheveux et la maison fut remplie de l’odeur du parfum.

4 Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit : 5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cent deniers, pour les donner aux pauvres ? 6 Il disait cela, non qu’il se mettait en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.

7 Mais Jésus dit : Laisse-là garder ce parfum pour le jour de ma sépulture. 8 Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours.

Jean 13:1-12

Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux. 2 Pendant le souper, alors que le diable avait déjà mis dans le coeur de Judas Iscariot, fils de Simon, le dessein de le livrer, 3 Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu, 4 se leva de table, ôta ses vêtements, et prit un linge, dont il se ceignit. 5 Ensuite il versa de l’eau dans un bassin, et il se mit à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

6 Il vint donc à Simon Pierre; et Pierre lui dit: Toi, Seigneur, tu me laves les pieds!

7 Jésus lui répondit: Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt.

8 Pierre lui dit: Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit: Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi.

9 Simon Pierre lui dit: Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête.

10 Jésus lui dit: Celui qui a été baigné n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur; et vous êtes purs, mais non pas tous. 11 Car il connaissait celui qui allait le livrer; c’est pourquoi il dit: Vous n’êtes pas tous purs.

12 Après qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut pris ses vêtements, il se remit à table, et leur dit: Comprenez-vous ce que je vous ai fait? 13 Vous m’appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres.

Traduction NEG

 

Vidéo de la partie centrale du culte (prédication à 09:45)

(début de la prédication à 09:45)

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot