Chercher sa foi

Pentecôte : "Que l’Éternel nous mette debout"

(Jérémie 1:1-19)

(écouter l'enregistrement - voir la vidéo ci-dessous)

Culte de Pentecôte - 4 juin 2017
prédication du pasteur Marc Pernot

Nous sommes en 627 avant Jésus-Christ. Le pays est en guerre, coincé entre les super puissances du pharaon d’Égypte et de l’empereur de Babylone Nabuchodonosor, se lève un jeune homme, Jérémie, dont le nom sonne comme une prière « Yérém-Yahou » : « Que l’Éternel nous mette debout, qu’il nous rende meilleur, qu’il nous élève, nous fasse grandir », être soi-même et bien vivant, faisant de belles choses.

Jérémie n’est pas un guerrier. De toute façon, Israël n’a aucune chance dans ce domaine face aux formidables puissances de ses voisins. Jérémie est plutôt un lanceur d’alerte, il se lève et dit ce qu’il voit, ce qu’il pense. Il le dit aux rois et au peuple, qui sont loin de trouver cela agréable de se voir dire ainsi la vérité. Pour Jérémie, cela en demande de la force et du courage. Mais c’est là le génie hébreu. Ce n’est pas la force. Ce ne sont pas non plus les arts : alors que notre annexe en face, le Musée (de l’Oratoire) du Louvre, a de merveilleux départements d’œuvres égyptiennes et babyloniennes, il n’y a pas grand chose du peuple de Jérémie : jusque quelques objets de la vie quotidienne. Pourtant ce que nous laisse Jérémie (en particulier) est immense. C’est incroyablement inspirant : La Bible. Le livre le plus lu au monde. Ce sont des paroles qui sonnent comme une confiance dans la source de la vie, et donc comme une prière, une ouverture à cette source.

« L’Éternel est source d’élévation » : c’est avec cette confession de foi que Jérémie va accompagner son peuple dans cette période difficile où il dégringole de creux en catastrophes. Jérémie aussi, personnellement ne va pas être à la fête tous les jours. Son appel résonne comme un appel à se mettre debout par la confiance dans la force qui met debout. Son appel est à la fois un appel à la bonne volonté de chacun et un appel à Dieu, une prière. Quand les deux se rencontrent, il y a des miracles.

Jérémie est tout jeune. Il est d’Anatoth : une bourgade à 6 kilomètres au nord-est de Jérusalem. Cette information semble banale, mais c’est terrible. Sont installées là les familles de prêtres maudits pour avoir abusé de leurs fonctions. De mauvais prêtres cherchant leur enrichissement et le pouvoir politique. Il s’en suit l’exil, avec interdiction d’aller au temple de Jérusalem, ils sont la honte de la caste des prêtres.

Mais bien entendu, ce n’est pas la faute de Jérémie, il n’a pas choisi de naître dans cette famille. Quelle pitié pour les enfants qui ont une famille troublée. Quelle chance quand on a une famille avec des parents géniaux. Pour Jérémie, c’est entre les deux : une famille de prêtres félons. On n’est pas responsable de ses ancêtres, mais on est responsable d’en tirer le meilleur. Jérémie a de quoi puiser du bien dans sa famille : le fait d’être au service de Dieu, le fait d’avoir du caractère et d’oser avancer avec une créativité personnelle, osant marcher en dehors des sentiers battus. Bon, cette créativité ils l’ont orientée pour voler et écraser les autres. Dommage, non ? Quelle expérience avez-vous d’avoir eu ce genre de façon d’être ? Est-ce que ça rend heureux ? Est-ce que ça rend la vie belle ? En tout cas, les prêtres d’Anatoth se sont retrouvé rejetés, eux, et leurs enfants en ont souffert pendant des siècles de leur volonté mauvaise.

Jérémie va pouvoir garder leurs qualités et rejeter le mal, l’orgueil et l’égoïsme. L’objectif est bon, certes, mais comment faire ? C’est surhumain car, concrètement, au jour le jour, nous sommes guidés dans nos choix par ce qui nous passe par la tête, par notre humeur de l’instant, et il est bien difficile, même au plus philosophe des philosophes, de bien diriger sa vie. Le meilleur et le moins bon sont tellement mêlés en nous : comment le meilleur surnagerait-il ?

Depuis maintenant près de 3000 ans, la fête de Pentecôte nous invite à nous réjouir dans le fait qu’en la personne humaine, il y a plus que de l’humain. Dieu se rend présent et nous aide à avancer, à bâtir, à semer un avenir meilleur, il nous aide à arracher le mal, détruire les murs qui empêchent de vivre.

Un chien ne fait pas des chats. Jérémie, fils d’un prêtre d’Anatoth devait être prêtre d’Anatoth. Il témoigne. « La Parole de l’Éternel me fut adressée », littéralement, il est écrit « La Parole de l’Éternel fut vers moi, fut même en moi » ! C’est ce que raconte la Pentecôte : l’Esprit-Saint, le souffle de Dieu, ou sa Parole vient en nous.

Dans ce livre, un homme, Jérémie, témoigne de cela. La Parole de l’Éternel vint à moi, elle vient en moi. Dieu vient vers nous comme une parole, pas avec un bâton. Une parole cela s’entend ou se rejette, une parole cela se discute et Jérémie ne s’en prive pas. Et c’est bien normal car Dieu est venu en lui, c’est comme une voix qui parle en lui, comme son cœur qui prend conscience de quelque chose.

La première de ces paroles c’est « Avant que je ne te forme dans le ventre de ta mère, Je te connaissais ». C’est la base de tout : une prise de conscience extrêmement importante : celle de notre valeur, de notre dignité. Nous avons de la chance si, dans notre vie, quelqu’un nous nous a dit « tu as de la chance d’être toi, car tu es une personne admirable, irremplaçable ». Cela, nous ne pouvons nous le dire à nous-mêmes, cela ne marche pas, il faut que cela nous vienne de quelqu’un d’autre.

Bien pauvre est celui qui n’a personne pour le lui dire, ou qui ne peut plus l’entendre s’il a été trop méprisé ou trahi pour y croire encore. C’est peut-être le cas de Jérémie, objet du mépris de tout son peuple car venant d’Anatoth. La parole, la présence de Dieu en lui fait ce miracle de l’élever d’abord à ses propres yeux, il peut enfin saisir qu’il est quelqu’un de valable.

Première des élévations. Premier fruit de la foi en nous.

Mais ce n’est pas tout. Ce n’est pas suffisant. Dieu lui explique ensuite qu’il compte sur lui pour être personnellement source de parole pour apporter au monde autour de lui un petit peu de cette même élévation qu’il a vécue et qu’il va encore vivre. Car le monde, lui aussi est entre le bien et le mal et lui aussi a besoin d’aide.

Jérémie ne dit pas non. La seule objection qu’il fait est de ne pas s’en sentir encore capable. Tout cela est normal et très bon signe. C’est le signe d’une double élévation supplémentaire, les n° 2 et 3 :

Dieu a éveillé en lui une bonne volonté. Selon Kant, la bonne volonté est vraiment la première des vertus. On fait ensuite ce que l’on peut, mais l’intention est pure, bonne. Le principal défaut de la famille de Jérémie était d’être guidée par leur intérêt personnel. C’est l’exact inverse de ce que Kant appelle la bonne volonté. C’est l’exact inverse de ce que la Bible appelle « la grâce ». Jérémie l’a vécue, cette grâce, dans la bonne volonté de Dieu pour lui, dans ce bon regard, dans sa confiance a priori, dans un éveil à quelque chose d’inconnu et de beau.

La troisième élévation dont témoigne Jérémie est dans le sentiment de ses limites, non comme une humilité malsaine, mais comme un enfant se sait être petit, avec la conscience de ses limites mais en même temps la confiance dans le fait qu’il grandit. Cela aussi est la grâce, cela aussi est une bonne volonté, ce regard à la bonne hauteur et dans la bonne direction, cette confiance dans la vie. D’où lui vient cette confiance ? À l’enfant, elle vient de l’expérience, il sait qu’il grandit et que les enfants grandissent. Jérémie commence à savoir que l’Éternel est pour lui une source d’élévation, de croissance et de force, de courage.

Cette élévation donnée par l’Éternel s’incarne ainsi dans la naissance d’une bonne volonté. Alors tout est possible.

Même d’avancer et de chercher à faire avancer un peu autour de nous ce monde si complexe dans lequel nous sommes.

« L’Éternel étend la main et toucha ma bouche », dit Jérémie, « l'Éternel me dit : Voici que je mets mes paroles dans ta bouche. Regarde... » C’est quand même curieux : Dieu met ses paroles dans la bouche et non dans les oreilles de Jérémie. Et quelles paroles ? Ce qu’il lui dit c’est de regarder avec ses propres yeux !

Comment comprendre cela ?

Dieu ne met pas un discours dans la tête de Jérémie pour le programmer à les répéter ensuite. Mais ce que Dieu apporte comme parole est comme une nourriture. Il faut la ruminer, la digérer, l’assimiler dans notre corps pour grandir.

La parole de Dieu est donc faite pour notre bouche. Et quel effet est-ce que cette parole fait à Jérémie ? Elle lui dit de regarder par lui-même. Par trois fois, l’Éternel va l’inviter à ouvrir les yeux, à observer et à commenter.

Ce qu’il voit, grâce aux yeux que l’Éternel lui a ouverts, grâce à cette bonne volonté nouvelle qui l’anime, c’est d’abord un petit signe d’espoir possible. Il voit une branche d’amandier. Cet arbre est incroyable : avant que les feuilles ne poussent à la fin de l’hiver, l’amandier est déjà en fleurs. C’est le premier début de signe du printemps, et l’espoir d’avoir des fruits plus tard.

Dieu a vu en lui l’homme génial qu’il pouvait devenir, Jérémie s’est nourrit de cette parole, et cela lui a donné d’avoir ce regard sur le monde, voyant en priorité que de délicieuses amandes pourraient bien être prêtes à déguster en leur saison. Il fonde ce regard de confiance en l’avenir dans sa confiance en Dieu.

Fort d’avoir observé, médité, assimilé cela, il peut alors ouvrir les yeux en vérité sur la noirceur du monde. Et ce n’est plus pour lui un écrasement, mais au contraire de bonne volonté active de participer à l’élévation du monde. Une source de sagesse. Observant cette violence, ce n’est pas contre les peuples qu’il en a, au contraire, il se sent appelé en faveur des peuples mais contre les royaumes, contre ces pouvoirs égoïstes qui font s’entredéchirer les peuples, les enfants de Dieu entre eux.

Et toi, nous dit l’Éternel, mets une ceinture à tes reins, rassemble tes qualités, tes forces, ta foi, lève-toi et parle. Je suis avec toi.

Oracle de l'Éternel

Amen

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Lecture de la Bible

Jérémie 1:1-19

Paroles de Jérémie, fils de Hilqiyahou, l'un des sacrificateurs d'Anatoth, dans le pays de Benjamin...

4 La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots :

5 Avant que je ne te forme dans le ventre de ta mère, Je te connaissais, Et avant que tu ne sortes de son sein, Je t'avais consacré Je t'avais établi prophète pour les nations.

6 Je répondis : Ah ! Seigneur Éternel ! Je ne sais pas parler, car je suis un jeune.

7 Et l'Éternel me dit : Ne dis pas : Je ne suis qu’un jeune. Car tu iras vers tous ceux contre qui je t'enverrai, Et tu déclareras tout ce que je t'ordonnerai. 8Ne les crains pas ; Car je suis avec toi pour te délivrer, — Oracle de l'Éternel.

9 Puis l'Éternel étendit la main et toucha ma bouche ; et l'Éternel me dit : Voici que je mets mes paroles dans ta bouche. 10Regarde, je t'établis aujourd'hui sur les nations et contre les royaumes, pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu fasses périr et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes.

11 La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots : Que vois-tu, Jérémie ?

Je répondis : Je vois une branche de l'amandier hâtif.

12 Et l'Éternel me dit : Tu as bien vu ; car je me hâte d'accomplir ma parole.

13 La parole de l'Éternel me fut adressée une seconde fois en ces mots : Que vois-tu ?

Je répondis : Je vois une marmite bouillonnante du côté du nord.

14 Et l'Éternel me dit : C'est du nord que le malheur éclatera sur tous les habitants du pays. ... 17Et toi, mets une ceinture à tes reins, lève-toi et parle...19Ils te feront la guerre, mais ils ne l'emporteront pas sur toi ; car je suis avec toi pour te délivrer, — oracle de l'Éternel.

(Cf. Traduction Colombe)

 

Vidéo de la partie centrale du culte (prédication à 09:00)

(début de la prédication à 09:00)

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot