Chercher sa foi

Prédications

Louange à toi, Seigneur, pour notre sœur l’herbe

(Jean 6:5-15 ; Ésaïe 40:1-31 ; 44:1-6)

(écouter -désolé, le son n'est pas bon cette fois-ci, imprimer)

Genève - Dimanche 2 septembre 2018
prédication du pasteur Marc Pernot

Il m’a été proposé pour ce dimanche d’avoir une pensée en rapport avec l’écologie. Pourquoi pas ? C’est effectivement une immense question éthique.

J’ai pensé à l’importance accordée dans la Bible à l’herbe verte. La simple herbe. Par exemple dans ces récits de la multiplication des pains par Jésus où il est dit qu’il y avait là beaucoup d’herbe comme si c’était un point essentiel : par exemple Jean 6:5-15.

Il n’est pas possible de comprendre l’importance de l’herbe dans ces récits sans chercher dans la Bible Hébraïque qui était le cœur de la culture de Jésus et de ses collègues. J’aurais dû vous lire des pages parmi les plus célèbres où l’herbe est a également à l’honneur : le chapitre 1 er de la Genèse, le Psaume 23, mais je lirai seulement, pour vous ménager un peu, des extraits du livre d’Ésaïe particulièrement importants dans le Nouveau testament (Ésaïe 40, ouvrant le Second livre d’Ésaïe, le livre de la Consolation 40-55)

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Jean nous dit que Jésus fait allonger cette foule d’affamés dans l’herbe verte. C’est nécessairement pour une raison majeure. Car Jean ne s’amuse pas avec des détails sans importance comme il explique dans ce mode d’emploi qu’il nous a laissé en prime : « Jésus a fait beaucoup d’autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous ayez confiance que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en ayant confiance vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20:30-31)

En quoi donc faire allonger ces personnes dans l’herbe verte est un signe majeur du salut que Christ nous apporte ? Un signe que Jésus leur a donné, et que Jean nous donne maintenant à travers ces lignes ?

De la simple herbe. Tout de suite, cette évocation ne peut manquer de rappeler aux personnes qui entourent Jésus ce texte très très célèbre d’Ésaïe où il dit « Toute chair est une herbe ». Certaines traductions édulcorent le texte hébreu, mettant « Toute chair est comme l’herbe, et tout son éclat comme la fleur des champs », il est écrit littéralement « Toute chair est une herbe, et sa fidélité (sa foi) est comme la fleur des champs. » C’est beaucoup plus radical.

Toute chair est une herbe, c’est à dire tout animal y compris l’humain. Nous avons tous en commun d’être vivant, de nous nourrir et de grandir puis de mourir.

Jésus propose comme un exercice spirituel très concret à ces personnes de s’allonger dans l’herbe verte, de venir expérimenter le verset d’Ésaïe, de se sentir herbe parmi les herbes. Sentir que notre foi, notre fidélité existe parfois comme une fleur, belle et parfumée, mais si éphémère, s’étiolant si vite.

Est-ce le Souffle de Dieu qui nous dessèche ? Certes non, mais par l’Esprit on peut prendre conscience de ce que nous sommes en vérité. Le but d’Ésaïe et celui de Jésus ici n’est pas de nous humilier en nous découvrant frère de la plus humble créature de la nature : un brin d’herbe. Au contraire. Le but est de nous consoler au sens propre du terme : de nous convertir à la vie. De recevoir les conditions d’une vie qui éclot.

« L’herbe sèche, la fleur s’étiole mais la Parole de notre Dieu se lève éternellement » elle une force qui fait germer notre valeur profonde, nous fait pousser, nous lever, ressusciter, qui permet de reprend souffle, de reprendre des forces et du courage quand nous étions tout petit, ou à terre, blessé, désespéré, humilié, abattu, inquiet comme le montre ce grand texte d’Ésaïe. Rajeunir comme l’aigle, courir comme un chamois dans les hauteurs.

S’allonger d’abord de tout son long dans l’herbe, faire corps avec elle, avec la nature. Cela n’est pas nécessairement un sacrement ou un geste que Jésus nous appelle à reproduire, mais c’est un signe à interpréter en acte dans notre vie : et s’ouvrir à ce quelque chose d’immense qui a créé la vie dans l’univers.

« Allongez vous dans l’herbe » (Jean 6:10)
«Levez vos yeux en haut, et regardez ! Qui a créé ces choses ? » (Ésaïe 6:26)

Jésus, à la suite d’Ésaïe commence par nous inviter à nous considérer comme de l’herbe. L’herbe est la première créature vivante que crée Dieu dans le livre de la Genèse. Elle vient avant même les céréales et les arbres qui ont en plus la faculté de porter des semences, avant les animaux de toutes sortes. L’herbe évoque cette faculté, toute basique mais primordiale de germer, de pousser et de vivre. Là où il n’y avait que chaos et poussière apparaît de la vie : un verdoiement, puis un tapis d’herbe et parfois un bourgeon de fleur. Impossible miracle. Entre les deux il y a parfois simplement une rosée.

Ésaïe en fait une parabole de la vie humaine : là où le souffle de Dieu nous semblait menaçant, il devient comme un ruisseau : « je répandrai mon Esprit sur toi et ton peuple, dit l’Éternel, et ils germeront au milieu de l’herbe » (Ésaïe 44:2-4)

Cette faculté de se nourrir et de grandir est commune à tout ce qui est vivant, mais l’herbe verte n’a que cette faculté essentielle, à l’état pur.

Ce récit de la Genèse n’est bien entendu pas à lire comme une histoire de l’univers mais elle est écrite pour nous, les humains et elle parle de la genèse de l’humain. C’est une théologie et une anthropologie, c’est un projet de création et de salut révélé pour nous. C’est ce type d’exégèse de ce texte que Jésus nous propose ici : une réinterprétation à expérimenter avec notre corps, notre espérance, notre souffle.

Il est intéressant et très libérant que Jésus mette en premier cette communion avec l’herbe verte : de cette façon il insiste sur le moteur même de ce qui nous permettra à Dieu continuer à nous créer comme il est dit dans Ésaïe 44:2 (avec des verbes de création au participe présent. Pour nous développer peu à peu dans toutes nos fonctions dont certaines sont communes avec les végétaux, d’autres avec les animaux mais dont certaines nous seront plus spécifiques, même en tant qu’individu ou que peuple. Alors il sera temps de parler de fruits selon notre espèce et de vocation particulière.

Jésus nous met d’abord dans la disposition d’être brin d’herbe. De saisir ce geste et d’en profiter tout au long de notre vie. Simplement ouvert à la rosée qui vient de Dieu valorisant le meilleur encore enfoui en nous, encore tout sec peut-être, ou germant à peine, s’élever un peu dans le ciel. Se concentrer sur ce miracle.

« Loué sois tu, mon Seigneur, pour notre sœur l’herbe », comme le dit François d’Assise dans son Cantique des créatures.

Jésus prend ensuite les pains d’orge et les poissons offerts par le jeune garçon, rend grâce à Dieu et les donne à manger aux personnes. Comme l’herbe évoque une faculté essentielle, vous pensez bien que le pain d’orge et le poisson aussi.

L’orge fait partie des « herbes portant semence » qui sont créées dans la Genèse juste après la simple herbe, et c’est ce que Dieu donne à manger à l’humain après l’avoir béni et avant de lui donner la mission de remplir la terre et dominer les animaux.

Comme ce récit de la Genèse n’a pas pour objectif de nous parler de l’histoire de l’univers, le but de ces récits de la Genèse et du pique-nique organisé par Jésus n’est pas de nous donner des indications sur les menus des cantines scolaires en cette semaine de rentrée.

C’est vrai que nous partageons avec les animaux cette nécessité de devoir manger du vivant pour vivre. La seule créature vivante qui se nourrit que de terre et d’eau est justement l’herbe verte et les autres les végétaux. C’est pourquoi, je pense, il est important comme Jésus de rendre grâce à Dieu pour cette vie que nous allons manger pour vivre. Ne pas le faire sans conscience de ce que cela représente.

Quand la Genèse dit à l’homme de se nourrir de tout végétal portant semence c’est à mon avis pour nous dire de nous nourrir, de nous inspirer de cette vie qui porte son fruit spécifique, que nous soyons à la hauteur d’un brin d’herbe ou à celle d’un arbre.

Nous nourrir de ce qu’il y a de bon dans ce que nous lirons dans le grand et sublime livre de la nature comme le dit Rousseau dans l’Émile, mais comme nous le dit également Ésaïe « lève les yeux et regarde qui a créé toutes ces choses ».

Ce passage de la Genèse ne nous invite pas à devenir végétalien, pas plus que Jésus nous invite à ne manger que des pains d’orges et des poissons, ni à faire des bisous aux brins d’herbe. Mais à nous inspirer de bonnes facultés dont ils sont les signes dans ces livres.

D’ailleurs, un peu plus loin dans la Genèse nous avons deux types de notre humanité en Caïn et Abel. Caïn évoque notre côté violent et possessif, Abel évoque notre dimension spirituelle si ténue. Or c’est Abel qui élève des moutons et se nourrit donc de méchoui et en offre un à l’Éternel qui l’apprécie grandement, alors que Caïn qui fait pousser et se nourrit de légumes offre une salade composée à l’Éternel qui n’apprécie pas trop le geste. Allez savoir pourquoi ? Mais ces textes ne parlent évidemment pas de notre menu. Si quelqu’un désire être végétalien, si quelqu’un d’autre désire être omnivore, c’est pour cette liberté que Dieu nous bénit et que Jésus nous nourrit. Afin que nous trouvions notre vocation personnelle. C’est pour cela que Jésus en appelle à la réflexion de ses disciples, demandant à Philippe ce qu’il comptait faire pour nourrir ces personnes : l’invitant à se sentir concerné par autrui et l’aider à se nourrir de ce questionnement.

Si Jésus et les auteurs de ces textes nous ont fait confiance pour comprendre que ces éléments sont des métaphores, c’est que c’était habituel dans cette culture. Chaque fois que Jésus explique un de ses gestes ou une de ses paraboles il l’interprète comme une métaphore (par exemple la guérison d’un aveugle de naissance Jean 9:39, les multiplications des pains Mr 8:18-21, la parabole de la porte et du berger Jn 10:7-16 ou du semeur Mt 13:18-23). L’herbe verte, les 5 pains d’orge, les 2 poissons sont des éléments de la création évoquant des facultés du vivant que Jésus veut mettre en avant pour nous.

Il n’y a pas que Jésus à associer des éléments de la nature à des facultés communes avec les nôtres. Dans L’Éthique à Nicomaque(I:6) , Aristote cherche à discerner les différentes facultés de l’humain dans ce qu’elle a de commun avec les autres membres de ce corps qu’est la nature, puis à chercher ce qui serait spécifique à l’humain. Car c’est en se développant et en exprimant nos fonctions que nous sommes dans le bien et dans ce qu’est pour lui le bonheur. Aristote relève que nous partageons avec les plantes une vie de nutrition et une vie de croissance, que nous partageons avec les animaux une vie sensitive. Le propre de l’humain étant la vie rationnelle se développant dans une pratique, une vie de l’âme, une pratique des vertus.

Nous retrouvons un peu, je pense quelque chose de cet ordre dans ce que Jésus propose à ces personnes qu’il cherche à ouvrir au salut qui vient de Dieu.

Dans la Genèse, Dieu nous bénit avant même de nous nourrir et d’évoquer notre mission. De même Jésus commence par nous confier à l’herbe verte. Apprendre à germer, pousser et vivre en recevant la bénédiction de Dieu. Juste gratuitement.

Avoir ensuite pour nourriture « de toute herbe portant semence et de tout arbre portant du fruit » comme le propose la Genèse, ou manger du pain d’orge comme le propose Jésus, c’est nourrir alors une capacité à porter notre propre fruit pour ensemencer le monde. Selon de bonnes vertus dirait Aristote. Inspiré d’une méditation des 5 livres de la Torah diraient les juifs et Jésus puisqu’il est question ici de 5 pains.

Le récit de Jésus ajoute le travail en équipe pour porter du fruit puisque, isolément, Philippe, André ou le jeune garçon prévoyant et généreux : aucun n’aurait pu nourrir la foule, c’est ensemble et avec le Christ, la méditation sur l’herbe, puis l’action de grâce ouvrant à l’Esprit que ça marchera.

Jésus ajoute du poisson au menu de notre méditation, et même 2 poissons. Le poisson évoque dans cette culture le croyant fidèle, par ses qualités uniques : vivant sans cesse dans l’eau de la bénédiction de Dieu, gardant toujours l’œil ouvert et grandissant toute sa vie (parait-il). Que cela nous nourrisse chaque jour. Je pense que quand Jésus ajoute 2 poissons et non pas 1 seul au menu du pique-nique, il invite à aller plus loin que la Torah écrite, la Bible, pour s’ouvrir à une Torah orale, à une inspiration personnelle et directe par la lecture intelligente et inspirée de la Bible mais aussi par la prière et l’observation de la nature et des personnes pour y discerner des signes de la gloire de Dieu.

Louange à toi, ô Éternel pour notre frère le brin d’herbe, pour notre sœur la céréale offrant sa semence, pour notre frère le poisson, mais aussi pour toute ta création en chantier mais déjà remplie de merveilles. Éternel notre Dieu, fait que par ta bénédiction nous multiplions de bons échanges entre nous tous, tes créatures, et dominions l’animal féroce qui est en nous.

Amen.

Pour débattre sur cette proposition : c'est sur le blog.

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Lecture de la Bible

Évangile selon Jean 6:5-15

5 Ayant levé les yeux, et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains, pour que ces gens aient à manger ? 6 Il disait cela pour l’éprouver, car il savait ce qu’il allait faire.

7 Philippe lui répondit: Les pains qu’on aurait pour deux cents deniers ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu.

8 Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : 9 Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ?

10 Jésus dit : Faites-les s’allonger, i l y avait en effet dans ce lieu beaucoup d’herbe, ils s’allongèrent donc , au nombre d’environ cinq mille hommes.

11 Jésus prit les pains, rendit grâces, et les distribua à ceux qui étaient assis ; il leur donna de même des poissons, autant qu’ils en voulurent. 12 Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde. 13 Ils les ramassèrent donc, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restèrent des cinq pains d’orge, après que tous eurent mangé...

Ésaïe, livre de la consolation

40:1 Consolez, consolez mon peuple,
Dit votre Dieu.
2 Parlez au cœur de Jérusalem, et criez lui :
Que sa servitude est finie,
Que son iniquité est expiée,
Qu’elle a reçu de la main de l’Eternel
Au double de tous ses péchés.

3 Une voix crie :
Préparez au désert le chemin de l’Eternel,
Aplanissez dans les lieux arides
Une route pour notre Dieu.
4 Que toute vallée soit exhaussée,
Que toute montagne et toute colline
soient abaissées !
Que les coteaux se changent en plaines,
Et les défilés étroits en vallons !
5 Alors la gloire de l’Eternel sera révélée,
Et au même instant toute chair la verra ;
Car la bouche de l’Eternel a parlé.

6 Une voix dit : Crie !
-Et il répond : Que crierai-je ?
Toute chair est une herbe , Et sa fidélité (sa foi) est comme la fleur des champs.
7 L’herbe sèche, la fleur s’étiole,
Quand l’Esprit de l’Eternel souffle dessus.
Vraiment le peuple est comme l’herbe :
8 L’herbe sèche, la fleur s’étiole ;
Mais la parole de notre Dieu
se lève éternellement...

9 Monte sur une haute montagne, Sion,
pour publier la bonne nouvelle...

Voici votre Dieu!
10 Voici, le Seigneur,
l’Eternel vient avec puissance,
Il commande, récompense.
11 Comme un berger,
il fera paître son troupeau,
Il prendra les agneaux dans ses bras,
Et les portera dans son sein ;
Il conduira les brebis qui allaitent...

18 A qui voulez-vous comparer Dieu?
Et quelle image ferez-vous son égale ?...

26 Levez vos yeux en haut, et regardez !
Qui a créé ces choses ? ...

27 Pourquoi dis-tu, Jacob,
Pourquoi dis-tu, Israël :
Ma destinée est cachée devant l’Eternel,
Mon droit passe inaperçu devant mon Dieu?

2 8 Ne le sais-tu pas ?
Ne l’as-tu pas appris ?
C’est le Dieu d’éternité, l’Eternel,
Qui crée les extrémités de la terre ;
Il ne se fatigue pas, il ne se lasse pas ;
On ne peut sonder son intelligence.

29 Il renforce celui qui est fatigué,
Et il revigore celui qui défaille.

30 Les adolescents se fatiguent et se lassent,
Et les jeunes gens chancellent ;

31 Mais ceux qui se espèrent en l’Eternel
renouvellent leur force.
Ils prennent leur vol comme les aigles ;
Ils courent et ne se lassent pas,
Ils avancent et ne se fatiguent pas...

44:1 Écoute maintenant, ô Jacob, mon serviteur !
Ô Israël, que j’ai choisi !
2 Ainsi parle l’Eternel, qui te fait,
Et qui te forme dès ta naissance,
Celui qui est ton soutien :
Ne crains rien, toi que j’ai choisi.
3 Car je répands des eaux sur le sol altéré,
Et des ruisseaux sur la terre desséchée;
Je répands mon Esprit sur ton peuple,
Et ma bénédiction sur tes rejetons.
4 Ils germent au milieu de l’herbe ,
Comme les saules près des cours d’eau...

6 Ainsi parle l’Eternel...