Chercher sa foi

“ Vous bénirez ainsi... ”

( Nombres 6:22-27 ; Matthieu 18:10-14 ; Jean 13:3-17 )

Culte , le 2 septembre 2007
par le pasteur Marc Pernot

C'est Aaron qui reçoit la consigne de bénir les enfants d'Israël, Aaron le frère de Moïse et les autres grands prêtres après lui. Cela nous concerne, car en Christ nous sommes dans une ère nouvelle où chacun est grand prêtre, appelé à bénir les autres. Aaron avait la charge des enfants d'Israël, maintenant, comme disciples du Christ, nous sommes chargés de porter la bénédiction de l'Éternel pour tout chacun de ses enfants, de toute nation, même sur Mars s'il le fallait, sans condition

Les chrétiens sont souvent à la pointe pour ce qui est des actions de solidarité, mais nous n'en avons pas le monopole. Il y a heureusement de nombreuses personnes non-croyantes qui font de très belles choses. C'est heureusement assez naturel de se sentir concerné par un être qui souffre à côté de nous, c'est une simple question d'humanité. La foi aide, mais elle n'est pas indispensable pour cela.

Par contre, il y a une chose que seul le croyant peut apporter, c'est la bénédiction de Dieu. C'est vraiment là une responsabilité particulière que nous avons, car personne d'autre ne le fera à notre place. Or, pour nous, la dimension spirituelle de la personne humaine est une composante essentielle. Pour nous, un être humain n'est pas seulement un être qui a besoin de nourriture, d'un abri et d'une place dans ce monde. Pour le chrétien, toute personne est digne d'avoir une relation à Dieu, une vie spirituelle.

La parole que l'on nous propose de dire ici laisse libre la personne qui l'entend d'avoir ou non une relation à Dieu. En effet, cette bénédiction ne fonctionne pas sur le mode du chantage, elle est sans conditions particulières de théologie, de foi ou de moralité. Elle est donnée a priori, affirmant la bonne volonté de Dieu pour telle personne, qui peut ensuite en faire ce qu'elle veut.

C'est bien souvent ainsi que la Bible comprend la dignité de l'être humain, c'est la très courante notion biblique de la grâce de Dieu. Mais ce qui est étonnant dans ce texte, c'est que Dieu ait besoin de serviteurs pour porter cette bénédiction aux autres.

Ce n'est certainement pas parce que Dieu attendrait pour bénir ces gens que nous le lui demandions. En effet, c'est lui qui nous envoie leur dire sa bénédiction, c'est donc qu'il ne nous a pas attendu pour le vouloir. Le problème possible est ailleurs, et le fonctionnement de cette démarche que Dieu ici propose est différent.

Dans des religions primitives, les prêtres étaient chargés de convaincre les dieux de donner des bénédictions, afin que les dieux donnent la chance, qu'ils fassent pleuvoir et protégent. Par rapport à cela, la Bible a une tout autre compréhension de Dieu. Le Dieu de la Bible cherche désespérément à bénir l'homme. Dans la Bible, Dieu aime l'homme et veut lui donner le bonheur et la vie, il veut même lui donner d'être source de bénédiction.

Pourquoi donc faut-il que nous allions dire à une autre personne la bénédiction de Dieu, ou plutôt souhaiter à une autre personne que Dieu la bénisse ? À mon avis, cela peut lever deux verrous importants, libérant le chemin de la bénédiction de Dieu :

C'est ainsi que nous pouvons comprendre la conclusion du texte qui dit :

C'est ainsi qu'ils mettront mon nom
sur les enfants d'Israël, et je les bénirai.

"Je les bénirai", qui ? Il y a une ambiguïté qui est certainement voulue. L'Éternel les bénira tous les deux : celui qui bénit son frère comme celui qui reçoit la bénédiction. En effet, qu'y a-t-il de plus grand que de recevoir la richesse de la bénédiction de Dieu ? Une seule chose est plus belle : c'est d'avoir la joie d'offrir à quelqu'un cette bénédiction.

Ce texte nous propose de prendre conscience qu'une ou des personnes nous sont confiées pour qu'on les bénisse de la part de Dieu. Grâce à Moïse, puis Aaron et ceux qui l'ont suivi, ces quelques mots sont arrivés jusqu'à nous, ils nous sont confiés pour dire la bénédiction de Dieu, pour témoigner de la vie que Dieu donne, pour lever la peur de celui qui craint encore Dieu, pour inviter celui qui ne le cherche pas, ou plus.

Nous dirons donc la bénédiction d'Aaron à ceux qui nous sont confiés. La question n'est as de répéter les mots exacts comme une formule magique, mais à notre façon et avec nos mots bien sûr, avec cœur, et quand ça nous semblera le moment, nous tenterons de faire fonctionner cette ouverture vers Dieu et cette ouverture vers l'autre qui nous est proposée ici.

Vous bénirez ainsi les enfants d'Israël :
Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde !
Que l'Éternel fasse briller sa face sur toi,
et qu'il t'accorde sa grâce !
Que l'Éternel lève sa face vers toi,
et qu'il te donne la paix !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ce texte est au singulier. Il n'y a pas marqué "Que l'Éternel vous bénisse", mais "Que l'Éternel te bénisse, toi, et qu'il te garde !" Pourtant, le texte insiste pour dire que la bénédiction est donnée à l'ensemble du pleuple, mais elle est donnée au singulier.

C'est vrai que la dimension collective est importante, la dimension sociale de la ville, du quartier, d'un pays, d'une église, et Dieu bénit ces groupes de personnes qui s'entendent pour vivre ensemble. Mais il ne nous bénit pas comme un troupeau. La bénédiction de Dieu passe par l'individu personnel et sa liberté. D'ailleurs, dans les évangiles on voit souvent le Christ s'adresser à une foule, mais c'est l'individu qu'il bénit et qu'il appelle à se tourner vers Dieu, c'est l'individu qu'il guérit, qu'il pardonne, qu'il libère, qu'il ressuscite.

C'est ce qu'explique Jésus avec sa parabole de la brebis perdue : ce qui compte pour Dieu, ce n'est pas le troupeau, mais chaque brebis du troupeau, même si c'est une stupide brebis qui est allée se perdre n'importe où. C'est un berger que Dieu envoie et c'est une brebis que Dieu cherche à retrouver. Dieu bénit et le berger et la brebis dans cette articulation essentielle qu'il y a entre eux trois. Et quand tous se rejoignent ce sont les trois qui ont une joie immense.

Nous pouvons recevoir la bénédiction, nous l'attendons, et si nous contribuons à l'apporter ne serait-ce qu'à une seule personne, c'est formidable.

Que l'Éternel te bénisse,
et qu'il te garde !

Voilà le témoignage que nous pouvons donner d'abord. "Que l'Éternel te bénisse", c'est bien entendu l'essentiel et ça résume tout. Mais le "qu'il te garde !" est important, car il ajoute une dimension de durée que ne laisse pas forcément supposer la bénédiction qui est reçue dans l'instant où nous recevons quelque chose de Dieu. Et puis dans le cas où nous serions fermés sans cesse à cette bénédiction qu'adviendrait-il ?

Souvent les prophètes nous conseillent de "garder l'alliance avec Dieu". Ce que nous promet ici l'Éternel, c'est que, sans condition, lui, notre Dieu, nous bénit et nous gardera. Même si c'est unilatéral. C'est comme ça que Dieu nous aime. Et c'est comme cela que nous pouvons bénir et garder ceux qui nous sont confiés, même quand ils nous déçoivent.

Que l'Éternel fasse briller sa face sur toi,
et qu'il t'accorde sa grâce !

Voilà la 2e bénédiction que nous pouvons donner. L'individu est important dans ce texte, je l'ai dit. Le don de la lumière va aussi dans ce sens, car elle donne à chacun la possibilité de voir par ses propres yeux, et donc de créer son propre chemin à son idée et en connaissance de cause. C'est bien de se sentir ainsi libéré, et ce n'est pas mal non plus de se rappeler de cette façon de faire quand on aide quelqu'un.

Et si, à cause de cette liberté, nous nous perdons un peu, nous dit ce texte, nous pouvons compter sur la grâce de Dieu qui, par définition, n'est pas pour ceux qui seraient parfaits, mais pour ceux qui se sont un peu, ou beaucoup, perdus. Seule cette grâce permet d'oser la liberté que Dieu veut pour chacun.

Que l'Éternel lève sa face vers toi,
et qu'il te donne la paix !

Voilà la 3e bénédiction que nous pouvons donner. Elle est incroyable au point qu'elle a été souvent changée en "Que l'Éternel tourne son visage vers toi" au lieu de "Que l'Éternel lève son visage vers toi". Car quand on doit lever la tête pour regarder quelqu'un c'est que l'on est en dessous de lui. Alors comment est-ce que Dieu serait ainsi plus bas que nous ? C'est ce qui a pu choquer certains théologiens attachés à l'idée d'un Dieu qui ressemble plus à Zeus qu'au Dieu de la Bible. Pourtant, en Christ, nous voyons que Dieu se fait notre serviteur pour nous sauver. Quand le Christ se met à genoux pour laver les pieds de ses disciples, c'est pour nous dire que Dieu se fait notre serviteur, bien qu'il soit le maître et le Seigneur (Jn 13). Jésus nous montre aussi que Dieu se place en dessous de nous pour nous porter sur ses épaules quand c'est nécessaire (Luc 15), oui, bien souvent “ l'Éternel lève son visage vers nous ”, c'est quand il nous ressuscite et nous pacifie.

Dieu aide en se plaçant ainsi tantôt au-dessus, pour éclairer, et tantôt en dessous. Là encore, il y a deux pistes intéressantes non seulement pour vivre et transmettre la bénédiction de Dieu, mais encore pour aider quelqu'un. Il faut parfois oser être au-dessus pour mettre en lumière quelque chose et pardonner, mais il faut alors d'autant plus considérer l'autre comme supérieur à nous-mêmes, et si possible trouver quelque chose en quoi il peut nous être supérieur.

Cette triple bénédiction nous la recevons aussi. Elle nous donne envie de bénir Dieu, de le garder et de lever notre regard vers lui. Elle nous donne d'espérer que sa bénédiction sera telle ou telle personne vers qui il nous envoie.

C'est ainsi qu'ils mettront mon nom
sur les enfants d'Israël, et je les bénirai.
nous dit enfin Dieu dans ce texte.

"C'est ainsi qu'ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël", cette première promesse est immense, cela veut dire que les humains ne sont plus seulement enfants d'une histoire, d'une culture, ou d'une évolution de l'espèce, mais qu'ils sont adoptés par Dieu, qu'ils portent le nom de l'Éternel. Nous avons là quelque chose de très évangélique. Dieu nous adopte, même si par nos qualités propres nous ne lui ressemblons pas trop. Il nous adopte, il nous considère arbitrairement comme son enfant. Et comme à l'époque un fils de charpentier reprenait bien souvent l'entreprise de charpente de son père, en nous donnant son nom, nous pouvons reprendre l'entreprise de bénédiction de Dieu.

Dieu met son nom sur chacun, c'est une promesse immense qui dit vraiment la dignité de la personne humaine, de toute personne humaine. Dignité que rien, ni le péché, ni la maladie, ni quoi que ce soit ne peut réduire puisqu'elle est fondée sur le choix de Dieu de nous regarder comme son enfant bien-aimé.

"Et je les bénirai", nous dit l'Éternel, je bénirai le berger et la brebis que nous sommes tour à tour.Il bénit celui qui aide et dit la bénédiction, comme celui qui est aidé et qui la reçoit. L'un et l'autre sont grandis par le cheminement de cette bénédiction de Dieu, quelque chose qui est de l'ordre du supplément d'être, mais aussi du lien établi, et d'un travail de création avec Dieu.

Qu'il nous bénisse ainsi.

 

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Lecture de la Bible

Nombres 6:22-27

L’Eternel parla à Moïse, et dit: 23 Parle à Aaron et à ses fils, et dis: Vous bénirez ainsi les enfants d’Israël, vous leur direz:

27 C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les enfants d’Israël, et je les bénirai.

Matthieu 18:10-14

Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. 11 Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. 12 Que vous en semble? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée? 13 Et, s’il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. 14 De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il’il se perde un seul de ces petits.

Jean 13:3-17

Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu, 4 se leva de table, ôta ses vêtements, et prit un linge, dont il se ceignit. 5 Ensuite il versa de l’eau dans un bassin, et il se mit à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. 6 Il vint donc à Simon Pierre; et Pierre lui dit: Toi, Seigneur, tu me laves les pieds! 7 Jésus lui répondit: Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt. 8 Pierre lui dit: Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit: Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit: Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. 10 Jésus lui dit: Celui qui est baigné n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur; et vous êtes purs, mais non pas tous. 11 Car il connaissait celui qui allait le livrer; c’est pourquoi il dit: Vous n’êtes pas tous purs. 12 Après qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut pris ses vêtements, il se remit à table, et leur dit: Comprenez-vous ce que je vous ai fait? 13 Vous m’appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; 15 car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. 16 En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. 17 Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez.