Chercher sa foi

Prédications

La bénédiction du Dieu du chiffre 7

(Évangile selon Luc 1:39-56)

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Genève - Matin de Noël 2018
prédication du pasteur Marc Pernot

court Marie dès que l’ange l’a quittée ? Je pensais que le but de son voyage était d’aller visiter sa cousine Élisabeth. Ce n’est pas ce que dit le texte :

« Marie s’étant levée à ce moment-là,
partit en courant vers la région montagneuse »

Le but est d’aller en montagne. On a le droit ! Bien entendu, cela est dit afin de nous aider dans notre foi (Jean 20:31), pas spécialement dans notre programme de vacances. Le sens en est facile à trouver. « Marie se lève » signifie littéralement, en grec : elle ressuscite. Avant elle était comme à terre, écrasée. Elle a senti que Dieu espérait en elle et cela lui donne une impulsion. Déjà elle est debout de toute sa propre hauteur. Puis « elle court vers les montagnes » : cela évoque une ardente recherche d’élévation, de réflexion et de prière. C’est cela le but premier de son voyage. Il se poursuit ensuite et chaque détail est une piste pour nous aider à vivre ce commencement de vie du Christ en nous :

Le nom lui-même d’Élisabeth veut dire quelque chose. Les noms ont parfois de l’importance dans un récit biblique. Parfois non. Qu’en est-il ici ? Quels indices ? Élisabeth veut dire en hébreu « le Dieu du chiffre 7 », chiffre bien connu pour évoquer la bénédiction de Dieu sur la création matérielle comme l’évoque le récit de création de l’humain dans la première page de la Bible : Dieu crée le monde en 6 jour et parachève cette création à l’aube du 7e jour en le bénissant. Cela, du coup, nous fait nous souvenir que le récit des aventures de Marie insiste sur le fait que cela se passe « au 6ème mois » de la grossesse d’Élisabeth. Le texte insiste : cela ce passe précisément « ces jours là ». Voilà que les morceaux du puzzle s’assemblent et s’emboîtent exactement : Marie, touchée par la grâce de Dieu, prend vie, se tient enfin debout, s’élève, s’élève encore, entre dans la mémoire ancienne de la tendresse de Dieu, et y rencontre le Dieu du 7 qui donne la bénédiction pour la suite des temps.

En effet, cette femme, Élisabeth, une vague cousine va dire à Marie les paroles d’une triple bénédiction : sur elle, sur son enfant, et le don d’être heureuse. Élisabeth n’est pas Dieu, évidemment, elle va « seulement » réaliser ce que signifie son nom, sa vocation, en étant porteuse d’une parole qui va faire que Marie recevra cette triple bénédiction.

Du coup, la salutation de Marie, que le texte présente avec insistance comme étant le geste qui déclenche tout, prend un autre sens : il est comme un « amen » de Marie au Dieu du 7e jour, Dieu qui avait pour projet de créer une humanité qui soit à son image, homme et femme, et les bénir.

Le texte de la Genèse ne racontait donc pas une histoire passée, il est un programme, il est une espérance de Dieu pour nous aujourd’hui. Il balbutie depuis l’aube de l’humanité, vient enfin le temps du 7e jour. C’est pour Marie un temps de louange et un temps de maturation auprès d’Élisabeth, puis elle retourne chez elle poursuivre son œuvre, selon sa vocation, selon sa joie.

De quoi parle ce chant de Marie ? Serait-ce l’annonce d’un programme d’action politique et sociale pour son fils Jésus, le Christ ? Non, car le texte ne s’exprime pas au futur mais au passé comme un témoignage pour nous de ce que Dieu a déjà fait pour elle et veut faire pour nous tous. Marie porte un regard sur elle-même et s’étonne, elle se réjouit de se trouver si grande, si forte, si riche de dons alors qu’elle se considérait comme vraiment pas grand chose. C’est ce qu’elle pensait d’elle-même et ce lui renvoyait probablement le regard des autres. La bénédiction reçue lui ouvre les yeux et la mémoire de ces anciens témoignages de la Bible deviennent un miroir lui permettant de se découvrir comme humaine et divine à la fois.

Marie le sent, Marie l’exprime à la suite d’Élisabeth : « Mon âme magnifie le Seigneur, Et mon esprit a été transporté de joie à cause de Dieu, mon Sauveur... » Cette louange parle d’une double force : un souffle de vie et une joie de vivre. Et cela touche une double dimension de la personne humaine : l’âme et l’esprit (selon la traduction habituelle), en grec psychè et pneuma : le premier est notre être corporel et psychique, le second est ce qui est de l’ordre du spirituel, du divin en nous. L’apôtre Paul, qui a été le maître de Luc, écrit que «Le premier homme, Adam, devint une psychè vivante. Le dernier Adam est devenu un pneuma vivifiant... Le premier, tiré de la terre, est terrestre; le second est du ciel. » (1 Corinthiens 15:45). Voilà le cadeau que nous offre ce récit : la puissance du souffle divin en nous et un tressaillement de joie au plus profond de notre être. Bénédiction sur ces deux bonnes dimensions que sont notre corps naturel et notre vie spirituelle. Sur les deux. Bénédiction non seulement pour une vocation (porter notre fruit) mais encore pour vivre des tressaillements d’allégresse, de joie, de bonheurs petits et grands, spirituels et naturels.

Marie parle de puissants détrônés et de petits élevés, de riches renvoyés à vide et de pauvres comblés de bien. Dans quel sens est-ce que Marie a vécu cela, reçu cela de Dieu comme elle le dit ? Marie avait ses doutes, le sentiment de n’être rien. Nous ressentons tous, je pense, très vivement ce qui nous bloque et nous empêche de nous émanciper, ce qui nous empêche : d‘être connecté avec notre propre valeur, dans notre capacité de vivre en ce monde, et d’être heureux. Comme l’exprime Marie ici, notre véritable problème n’est pas tant la mort que ces puissances qui nous empêchent de vivre aujourd’hui. Avec Dieu nous pouvons travailler là dessus. Pour la suite, nous verrons bien. D’autres victoires sont à venir.

On pourrait penser que Marie est bénie parce qu’elle porte le Christ ? Ce serait effectivement un humble service bien dans la mentalité de l’époque où le ventre de la femme était considéré comme une simple couveuse pour la graine qui était déposée en elle (avec ou sans son consentement), par un homme ou parfois, pensait-on, par un dieu. Mais ici, non : le futur Jésus est appelé « fruit du ventre » de Marie : c’est un fruit de ce qu’elle est, elle. La bénédiction sur ce fruit ne vient qu’en second, la première qualité de Marie est d’être Marie, d’être elle-même, bénie et capable de joie. Elle le sait enfin.

Soyez bénis de cette bénédiction du 7e jour.

Tressaillement de joie.

Amen.

 

Pour débattre sur cette proposition : c'est sur le blog.

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Lecture de la Bible

Luc 1:39- 56

35 L'ange dit à Marie : L'Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'enfant qui naîtra sera saint ; il sera appelé Fils de Dieu. 36 Elisabeth, ta parente, a elle aussi conçu un fils, dans sa vieillesse : celle qu'on appelait femme stérile est dans son sixième mois. 37 Aucune parole n'est impossible de la part de Dieu. 38 Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole. Et l'ange s'éloigna d'elle.

Marie s’étant levée à ce moment-là, partit en hâte vers la région montagneuse et se rendit dans une ville de Juda. 40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. 41 Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, il arriva que l'enfant tressaillit (de joie) dans le ventre d’Élisabeth, et elle fut remplie d'Esprit saint 42 et elle éleva la voix avec un grand cris, disant :

Bénie sois-tu, toi entre toutes les femmes, et béni soit le fruit de ton ventre !

43 Et d’où est-ce que cela m’est donné que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ?

44 Car dès que ta salutation est arrivée à mes oreilles, le bébé a tressailli d'allégresse dans mon ventre.

45 Heureuse celle qui a eu confiance que s'accomplira ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !

46 Alors Marie dit :

Ma vie, mon âme magnifie le Seigneur,
47 Et mon esprit a été transporté de joie à cause de Dieu, mon Sauveur,
48 parce qu'il a porté son regard sur la petitesse de sa servante.

Désormais, en effet, toutes les générations me diront heureuse,
49 parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses.

Son nom est saint, 50 et sa tendresse maternelle s'étend de générations en générations sur ceux qui le cherchent.

51 Il a déployé la force de son bras ;

Il a dispersé ceux qui avaient des pensées orgueilleuses,

52 il a fait descendre des puissants de leurs trônes, et il élève les humbles,

53 Il a comblé de biens les affamés, Et il a envoyé les riches à vide.

54 Il a secouru Israël, son serviteur, et il s'est souvenu de sa tendresse
55 — comme il l'avait dit à nos pères —
envers Abraham et sa descendance, pour toujours.

56 Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois. Puis elle retourna dans sa maison.