Chercher sa foi

Prédications

Exercer sa piété de la façon que l’on veut (Le jeûne)

(Marc 2:18-20 ; Matthieu 6:16-18 ; Marc 9:14-29)

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Genève - 17 mars 2019
culte au temple des Eaux-Vives - Genève
prédication du pasteur Marc Pernot

Comme nous le voyons, le jeûne est une des pratiques très présentes dans la bouche de Jésus lui-même, il est souvent associé à la prière et parfois aussi à l’aumône. Pourquoi donc est-ce qu’en général le carême et le jeune ne sont pas tellement pratiqués parmi les protestants ? Pour le carême, je comprends : l’idée d’une pratique religieuse obligatoire imposée par l’église, comme s’il fallait faire pénitence tous en même temps une fois par an, puis pleurer sur commande le vendredi saint, avant de devoir éclater de joie unanimement le dimanche de Pâques est contraire à l’idée même que nous nous faisons de la foi. Et ça, c’est vraiment biblique, vraiment basé sur le témoignage de vie de Jésus-Christ : la sincérité est une dimension essentielle, constitutive de la foi. La foi, comme l’amour, n’est vrai que s’il est sincère. La pénitence sur commande, la contrition imposée, la joie programmée est antinomique de la sincérité et donc de la foi ou de l’amour vrai.

Fallait-il pour autant abandonner toute idée de jeûne puisque Jésus en parle ? Je pense que oui, en réalité. Un petit oui, un oui mais.

Nous avons le droit de ne pas jeûner même si Jésus en parle et que lui-même, poussé par l’inspiration divine, prend un important temps de jeûne dans la solitude avant de se lancer dans son service en tant que Christ. En effet, nous le voyons dans le texte de l’évangile selon Matthieu où Jésus traite en particulier de la prière et où il donne ce formidable texte du « Notre Père ». Il évoque dans ce passage la prière, le jeûne et l’aumône et il présente ces gestes comme des exercices et non comme un but en eux-mêmes, bien entendu. Le but étant la relation à Dieu, l’ouverture de notre être à ce que Dieu espère nous apporter, cherche à nous apporter. Il faudrait ajouter le sabbat, que Jésus pratique en allant à la synagogue, souvent pour y prêcher, parfois le transgressant pour un geste de guérison ou de libération d’une personne. Jésus désacralise ces exercices de piété, même le sabbat dont il dit que « Le sabbat a été fait pour l’humain, et non l’humain pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’humain est maître même du sabbat. » (Marc 2:27-28).

Nous sommes donc maître de nos exercices de piété, car nous avons reçu cette dignité de « fils et fille de l’humain », « fils et fille de Dieu » en Christ. Ce ne sont que des exercices pour nous aider à être dans une foi vivante, pour nous aider à recevoir ce que Dieu espère pour nous. C’est ainsi que nous voyons Jésus et ses disciples avoir une vraie liberté vis à vis du sabbat (Matthieu 12:1) ou vis à vis du jeûne. Cela choque les disciples de Jean-Baptiste et les pharisiens.

Ces trois gestes : la prière, le jeûne et l’aumône, Jésus ne les cite pas au hasard et il ne les invente pas. Ils forment la base de la piété de sa propre culture : la piété juive de son époque. Ce fait, plus cette forte accentuation qu’il met dans l’essentiel caractère personnel, intime, sincère et libre, spontané de ces exercices, fait que nous pouvons nous sentir autorisés à adapter ces exercices, peut-être à en inventer d’autres qui seraient propres à notre sensibilité personnelle, à notre santé ou à notre culture en gardant l’esprit et l’idée que Jésus donne aux exercices de piété de sa culture.

Même la prière est ici présentée comme un exercice de piété et c’est intéressant car nous pensons parfois à la prière comme sentiment de la présence de Dieu. L’exercice dont parle Jésus quand il dit « Lorsque vous priez dites... » est présenté par Jésus comme une préparation, comme une ouverture à l’action de Dieu en nous, pour nous. Le mot prière est ainsi ambigu dans notre langage : il y a la prière exercice que l’on peut faire par choix, éventuellement en se basant sur un texte comme le Notre Père ou des Psaumes, ou tel texte qui nous inspire. Et il y a la prière comme cœur à cœur avec Dieu, le soupir du Saint-Esprit en nous comme l’apôtre Paul le dit poétiquement (Romains 8:23-26).

De même l’aumône est présentée par Jésus comme un exercice de piété à notre bénéfice car favorisant l’ouverture de notre être aux dons de Dieu. C’est assez gênant dit comme cela, cependant une lecture plus approfondie montre que ce qui est traduit par « aumône » est un acte de miséricorde, un acte qui vient du cœur, de la compassion pour une personne que l’on désire aider. Que s’exposer à ressentir cela au point de faire un geste nous apporte par ailleurs un bénéfice spirituel n’a rien de honteux dès lors que ce geste a bien été motivé par une sincère compassion pour une personne.

Alors pourquoi nous ne sommes plus tellement amateur de jeûne ? Parce que Dieu ne nous demande pas, à mon avis, de nous réduire, de nous diminuer, d’être moins vivant, ni de mortifier notre corps. Il n’est pas le dieu du moins, il est le Dieu du plus : le Dieu qui ajoute de la bénédiction, de la grâce, du pardon, du souffle, de l’espérance qui vient ajouter partout et toujours de la vie. Une fois dit cela, si une personne choisit de s’offrir une certaine façon de jeûner en vue d’approfondir sa foi et qu’elle en tire des bénéfices pour sa foi et pour son corps : c’est parfait. Si telle autre personne choisit un temps de retraite, ou une marche, ou une façon de contempler la nature... c’est bien aussi.

Le jeûne, la prière, le geste de compassion, le sabbat sont des exercices de piétés. De simples exercices dont nous sommes maîtres pour nous-même. Dieu ne nous les impose pas comme s’il comptait les bons points, ce n’est pas son genre. Ils ne nous sont pas exigés, ils nous sont donnés. Nous pouvons nous en saisir ou nous donner d’autres exercices. Ce n’est pas un problème. Le problème serait de ne pas nous exercer du tout, ou de sacraliser ces exercices comme étant un but en soi, ou de les détourner en les pratiquant sans sincérité. Ou de vouloir les imposer aux autres.

Des exercices

Dans une lettre que l’apôtre Paul écrit à son jeune ami Timothée pour le conseiller, le rendre autonome, il lui dit : « Exerce-toi à la piété; car l’exercice corporel est utile à peu de chose, tandis que la piété est utile à tout: elle a la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir. C’est là une parole certaine et entièrement digne d’être reçue. » (1 Timothée 4:8-9)

« Exerce-toi toi-même à la piété » : littéralement, fait de la gymnastique d’ouverture à Dieu, un peu comme on s’entraine à un sport, nous dit Paul. C’est comme cela que nous pouvons considérer ces exercices que sont le jeûne, la prière, la compassion en acte, et le sabbat. Notre ouverture à Dieu s’exerce comme un muscle, s’assouplit comme une articulation, se dynamise comme notre corps.

Jésus insiste sur la sincérité pour que ces exercices « marchent ». Évidemment, car l’idée même est de développer une vraie relation d’ouverture à Dieu dans la confiance. Ces exercices travaillent donc en vue d’une plus grande sincérité et non contre la sincérité, comme l’exercice physique se fait en vue de sa santé et non contre notre corps. Cela peut demander un effort au corps afin de pousser ses limites sans l’abîmer. De même pour les exercices en vue de développer notre piété comme le dit Paul. Il dit « exerce-toi toi-même » en adaptant tes exercices tout en veillant à ce qu’effectivement cela fasse évoluer notre foi dans une plus grande profondeur, élévation, une plus grande liberté et épanouissement. Cela demande un certain effort, un certain investissement, sans exagérer non plus au risque d’avoir trop de courbatures.

La sincérité est importante, essentielle. C’est vrai. Il y a seulement un risque de mal s’emparer de cette notion. Quand nous n’avons pas trop envie de prier, quand nous ressentons juste l’envie de simplement nous laisser vivre à ce premier degré de l’être que nous partageons avec notre frère le lichen (j’exagère un peu) : c’est précisément un symptôme qui nous apprend que nous avons besoin d’exercer notre piété. C’est comme pour notre corps, puisque Paul utilise cette comparaison : quand notre corps est un peu raide, cela veut dire qu’il est temps de faire des assouplissements, et au début ça tire. C’est alors un choix personnel et un brin d’effort qui vont permettre de sortir de cette mauvaise pente.

C’est également ce que dit Jésus dans les deux épisodes que je vous ai lus.

« Aussi longtemps que le marié est avec eux,
ils ne peuvent jeûner.
Viendront des jours, quand le marié leur sera enlevé,
où ils jeûneront, en ce jour-là. »(Marc 2:19-20)

L’expression « quand le marié est avec eux » est le temps d’une foi rayonnante, en pleine communion avec Dieu. Ce n’est alors pas le temps de faire des exercices de piété pour travailler sa foi, mais c’est le temps de vivre la foi et de recevoir ce travail de Dieu en nous. C’est le cas des disciples de Jésus qui vivent une expérience de foi intense, sans doute, par ce que Jésus leur apporte dans le présent de cette extraordinaire aventure qu’ils vivent. Même aux plus grands croyants il arrive des temps de refroidissement de la foi. Les moines ermites du désert et les psalmistes ont travaillé la question depuis des millénaires. Même Jésus exprime à plusieurs reprises sentir une faille dans sa communion avec le Père (Jn 6:38, Mt 26:39, Mr 15:34). Il parle donc en connaissance de cause du temps où « le marié nous est enlevé », il en parle sans nous dire que c’est de notre faute, il nous dit que c’est alors le temps de jeûner : le temps d’exercer notre piété comme nous l’entendons. De l’exercer personnellement, volontairement, délibérément. Mais encore tranquillement, sereinement puisque si notre foi manque, Dieu, lui, ne abandonne pas.

C’est ce que nous voyons également dans ce magnifique texte où un papa dit à Jésus « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » (Marc 9:24). Dans ce texte tout parle d’un manque de foi, la conclusion qu’en donne Jésus est « Cette espèce-là (de problème) ne peut sortir que par la prière (et par le jeûne) » (Marc 9:29).

Les symptômes du fils ressemblent à ceux de l’épilepsie, bien traitée par les médecins aujourd’hui. Quel que soit la manière dont s’est passé historiquement cet épisode, le récit nous le raconte en nous permettant de nous identifier non seulement au père mais aussi à l’enfant car le récit ne parle pas de maladie physique mais que l’enfant a besoin d’être délivré d’un esprit sourd et muet, comme nous nous avons besoin d’être libéré de nos démons intérieurs, ce qui en nous n’a pas de sens et est sourd à tous nos efforts pour mieux nous porter, tout ce qui nous empêche de vivre, nous blesse, nous brûle, nous fait chuter.

La seconde maladie est celle du papa : il manque de foi. C’est ce qu’il pense et il demande à Jésus de venir en aide à la fois à son fils et à lui. Jésus lui répond qu’aucune foi n’est trop petite pour rendre tout possible.

Je trouve cette histoire très utile car nous pouvons nous reconnaître à la fois dans le papa que Jésus responsabilise et dans l’enfant qui n’a rien à faire pour aller mieux. S’il y avait que l’enseignement tiré de ce garçon sauvé miraculeusement par Jésus ce serait aliénant : nous serions appelés à être comme un objet inerte dans les mains d’un Dieu tout puissant. S’il y avait que l’enseignement tiré du dialogue de Jésus avec l’homme : ce serait responsabilisant mais au risque de nous culpabiliser quand nous ne nous en sortons pas tout seul.

La conclusion révélée aux disciples est que pour sortir de leur impuissance la solution est le jeûne et la prière. Pour exercer la foi que nous avons. Afin de prendre conscience que nous avons assez de foi pour commencer à faire des miracles. Pour laisser Dieu nous l’augmenter. Pour nous laisser aider comme un enfant.

La foi de l’homme, telle quelle est parfaite : «Je crois, viens au secours de mon incrédulité » (Marc 9:24). Ce n’est pas une question de croyance plus ou moins juste ou ferme, ni une question de doutes ou de crédulité. C’est une question de confiance, d’espérance. « Je crois » c’est :je suis confiant, je cherche et j’espère de ce côté là même si je ne sais pas trop qui, quoi ou comment. Ce « Je crois » est un verbe, une façon d’être alors que « son manque de foi » n’est pas ici exprimé par un verbe mais par un nom, ce n’est pas quelque chose qu’il est.

Devant le Christ, même le manque de foi de l’homme devient un plus : c’est une sincérité, c’est une espérance. C’est une confiance. Et donc une foi. Maintenant il pourra travailler dessus : l’exercer tranquillement à sa façon. Il pourra aussi travailler avec son début de foi et faire des merveilles.

Amen

Pour débattre sur cette proposition : c'est sur le blog.

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Lecture de la Bible

Marc 2:18-20

18 Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient. On vient lui dire : Pourquoi tes disciples à toi ne jeûnent-ils pas, alors que les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent ? 19 Jésus répondit : Les amis du marié peuvent-ils jeûner pendant que le marié est avec eux ? Aussi longtemps qu'ils ont le marié avec eux, ils ne peuvent jeûner. 20 Les jours viendront où le marié leur sera enlevé ; alors ils jeûneront, en ce jour-là.

Matthieu 6:16-18

16 Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme les hypocrites ; ils arborent un visage défait pour montrer aux gens qu'ils jeûnent. Amen, je vous le dis, ils tiennent là leur récompense. 17 Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, 18 afin de ne pas montrer que tu jeûnes aux gens, mais à ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit, là, dans le secret, te le rendra.

Marc 9:14-29

14 Lorsqu'ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d'eux une grande foule de gens, et des scribes qui débattaient avec eux. 15 Sitôt que la foule le vit, elle fut en émoi ; on accourait pour le saluer. 16 Il leur demanda : De quoi débattez-vous avec eux ? 17 De la foule, quelqu'un lui répondit : Maître, je t'ai amené mon fils, qui a un esprit muet. 18 Où qu'il le saisisse, il le jette à terre ; l'enfant écume, grince des dents, et devient tout raide. J'ai prié tes disciples de chasser cet esprit, et ils n'en ont pas été capables. 19 Il leur dit : Génération sans foi, jusqu'à quand serai-je avec vous ? Jusqu'à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi. 20 On le lui amena. Aussitôt que l'enfant le vit, l'esprit le secoua violemment ; il tomba par terre et se roulait en écumant. 21 Jésus demanda au père : Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? — Depuis son enfance, répondit-il ; 22 souvent l'esprit l'a jeté dans le feu et dans l'eau pour le faire mourir. Mais si tu peux faire quelque chose, laisse-toi émouvoir et viens à notre secours ! 23 Jésus lui dit : Quel « Si tu peux » ! Tout est possible pour le confiant. 24 Aussitôt le père de l'enfant s'écria : Je suis confiant ! Viens au secours de mon manque de confiance ! 25 Jésus, voyant accourir la foule, rabroua l'esprit impur en lui disant : Esprit muet et sourd, c'est moi qui te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus ! 26 Il sortit en poussant des cris et en le secouant très violemment. L'enfant devint comme mort, de sorte que la multitude le disait mort. 27 Mais Jésus, le saisissant par la main, le réveilla, et il se releva.

28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples, en privé, se mirent à lui demander : Pourquoi n'avons-nous pas pu le chasser nous-mêmes ? 29 Il leur dit : Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière (et par le jeûne).

(Traduction : voir NBS)