Peut-on choisir d’avoir la foi ?

Certaines personnes sont nées avec la foi, ou en tout cas ont vécu en relation avec Dieu depuis la plus extrême jeunesse. D’autres personnes ont reçu la foi comme « on tombe » amoureux. Mais l’on peut également choisir d’avoir la foi. Délibérément, volontairement.

Différentes façons d’entrer en relation avec Dieu s’offrent ainsi à nous. C’est la conséquence de la diversité des individus dans leur histoire et leur personnalité, cela est dû aussi à l’extraordinaire richesse de relation qu’offre Dieu à l’être humain.

Il est possible de choisir d’avoir la foi, et il est possible de décider de la développer, de la même façon que l’on peut décider de se mettre à faire de l’exercice. Cela peut sembler étonnant, car aujourd’hui, on entend souvent par « foi » une démarche irrationnelle ou affective ayant trait au sentiment de la présence de Dieu en nous. C’est effectivement une dimension de la foi, mais il serait dangereux de la limiter à cela. D’abord parce que certaines personnes pourraient se sentir exclues et désarmées face à l’absence de ce sentiment religieux pour elles. Et parce que cette conception démobiliserait même celui qui a une « petite foi » (comme le dit l’Évangile) de chercher à la développer.

Or, dans la Bible, la foi n’est pas seulement le sentiment religieux. Ce sentiment est un des fruits de la foi (même s’il est, pour beaucoup d’entre nous, le plus extraordinaire des fruits qu’il nous est donné de porter). En hébreu, la foi se dit émounah (hnwma), ce qui vient du mot aman (Nma) qui signifie la certitude, la vérité, la fidélité. La foi est ainsi une démarche plus rationnelle qu’irrationnelle, qui a plus à voir avec l’intellect qu’avec l’affectif, c’est un choix ou un engagement. Le petit mot Amen que nous utilisons constamment fait référence à cette notion de foi biblique. Amen, veut dire  » C’est vrai « . Dans l’Evangile on rencontre souvent ce mot quand Jésus dit : Amen Amen, je vous le dis… (par ex. Jean 6:47) ce qui est souvent traduit à juste titre « En vérité, en vérité, je vous le dis… Cet Amen exprime la confiance que Jésus à en Dieu et il exprime la confiance que nous pouvons avoir en Christ dans ce qu’il dit pour nous conduire à notre Dieu.

À l’origine, l’amen était, paraît-il, la corde qui liait entre eux les chameaux dans une caravane. Chaque chameau est relié au précédent par cette ficelle qui lui garantit qu’il est sur la piste de l’oasis, même si le caravanier n’est pas individuellement près de lui. Cette origine du mot  » foi «  nous rappelle que nous sommes dans la foi quand nous nous tenons volontairement à ce lien qui nous conduit à lui, Dieu, que nous ne voyons pas encore, et que nous entendons trop rarement. Le Christ est cet Amen qui nous relie à Dieu.

Le 1er à avoir la foi, dans la Bible, c’est Dieu ! Quand il est écrit que Dieu est fidèle, on pourrait tout aussi bien traduire que Dieu a la foi, c’est-à-dire qu’il choisit d’être en relation avec l’homme, de lui vouloir du bien, de s’attacher à lui, de le chercher même quand il est peu sympathique. Ce libre choix de Dieu c’est la grâce, elle rend possible notre foi. En Christ, une ficelle, un Amen, nous est tendue qui nous donne la vie.

Quand on ne sent pas particulièrement la présence de Dieu (ce qui arrive à tout le monde), on a la foi si on est attaché à Dieu, si on l’espère, si on l’honore, si on attend quelque chose de lui. On a déjà la foi en Dieu quand on s’intéresse au Christ comme celui qui nous relie à l’essentiel pour le monde et pour nous.

Le choix de la foi a de multiples conséquences pour nous, dans le domaine des actes (le service), dans le domaine de la pensée (les croyances), mais aussi, espérons-le, dans le domaine religieux en sentant véritablement la présence réelle de Dieu auprès de nous.

 

Prières

Une dernière fois, je te dis que je veux croire en toi, que je ne veux plus être l’arrogant qui nie et se moque. Je veux être ton enfant enthousiaste.

Ô bien-aimé, aime-moi, montre-moi que tu m’aimes. Aide-moi à croire, à croire malgré mes blasphèmes et mes moqueries qui sont douleur et vengeance de ne pas croire en toi. Oui, mon cas, le cas du dérisoire que je suis, c’est affaire entre moi et toi, j’ai l’impertinence de le dire.

Aide-moi, aie pitié de ton orphelin, aie pitié de ce sourire que je t’adresse en ma 84e année. De tout ce cœur qui va bientôt cesser de battre, je veux croire de toute âme, croire en toi et en ton amour. Ne vois-tu pas que je dépéris de ton silence ? Dieu de justice, j’en appelle à toi contre toi. Aide-moi à t’aimer, aide-moi à croire en toi, car je meurs de la faim de toi.

Toi, glorifié par les chanceux, viens au secours du malchanceux. Fais de moi ce chanceux que je veux être, fais de moi ton enfant éperdu de foi. Mène-moi vers les eaux du repos. Aie pitié, n’oublie pas que je suis de la maison d’Aaron. Aie pitié de cet infidèle qui n’a pas eu la chance d’une foi transmise.

Je n’attends ma foi que de toi. Est-ce une faute de n’attendre que de toi ?

Albert Cohen (Carnets 1978)

 

L’Éternel est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer,
il me mène près des eaux paisibles.
Il me fait revivre.
Il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Et, quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu dresses devant moi une table en face de mes adversaires,
tu oins d’huile ma tête,
et ma coupe déborde.

Oui, le bonheur et la grâce m’accompagnent
Tous les jours de ma vie,
Et je reviens, j’habite dans la demeure de l’Éternel pour toujours.

David (Psaume 23)

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Ce qui m’accable et ce qui me peine,
Ce qui m’angoisse et ce qui me gêne,
Et le souci du lendemain.
J’ai tout remis entre tes mains.

J’ai tout remis entre tes mains :
Le lourd fardeau traîné naguère,
Ce que je pleure, ce que j’espère,
Et le pourquoi de mon destin.
J’ai tout remis entre tes mains.

J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la joie, la tristesse,
La pauvreté ou la richesse,
Et tout ce que jusqu’ici j’ai craint.
J’ai tout remis entre tes mains.

J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la mort ou la vie, La santé, la maladie, Le commencement ou la fin.
Car tout est bien entre tes mains.

Bien que dans l’épreuve, aujourd’hui, je crois.

Anonyme

 

Je veux t’aimer, Seigneur, pour rien. Je veux surtout que, dans ma vie, la prière soit le refuge de la liberté et du gratuit. Perdre mon temps, ce temps si précieux, pour toi. Le donner largement, en pure perte, sans calcul.

Ma prière est bien distraite, elle n’est pas une fleur de qualité, mais c’est la seule pâquerette que j’ai trouvée sur ma pelouse. Je ne cherche pas la gloire d’être un homme de prière; seulement la joie de t’aimer comme je peux, pauvrement. J’ai passé des semaines et des mois arides comme un désert. Pas de fleurs à l’horizon. Pas beaucoup de temps pour prier.

Mais ce désert, je l’ai traversé parce que je t’aime un peu. Et cette traversée vaut peut-être un perce-neige dans mon bouquet.
Il faudra encore beaucoup de patience,
de longues heures devant toi et bien des services humbles, bien des déserts aussi, pour atteindre la gratuité. Je te la demande, Seigneur. Je n’ai rien pour la payer. Mais comment paierait-on une telle richesse ?

Jean Canivez

 

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