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Il n’y a pas de morale protestante, il y a une méthode protestante

 

Comment décider de ce qui est juste et bon de faire maintenant ? Y a t-il une morale protestante ? Il peut y avoir certaines tendances que des sondages pourraient révéler, mais il n’existe pas de morale protestante car chacun est appelé à se décider d’une manière libre, responsable, en fonction du contexte particulier et de sa sensibilité.

« Tout protestant est pape, une Bible à la main » cette formule de Boileau (en 1716) serait-elle donc vraie ? Oui et non. C’est exact que toute protestante et tout protestant est pape au sens où il est appelé à décider souverainement de ce qui est juste ou non de faire. C’est une incroyable dignité, l’apôtre Paul va même jusqu’à dire que nous sommes, individuellement et tous ensemble, cohéritiers de Dieu avec le Christ, nous sommes donc tous souverains. Mais nous avons néanmoins le droit de résister à la tentation de penser que ce que nous décidons serait infaillible ou éternel, et éviter de penser que tout le monde devrait être du même avis que nous. C’est un des points fondamentaux de l’Évangile du Christ : l’Esprit est vivant, il est surprenant, et il est promis individuellement à chacun. Il n’est donc réservé ni à des experts, ni à des votes lors d’assemblées… ni à moi !

C’est exact que « tout protestant a une Bible à la main » et qu’il la lit, vraiment, qu’il l’étudie, qu’il est libre dans son interprétation car elle n’est pas cadrée par une tradition. Mais il y a une première réserve à faire par rapport à cette solitude de pape du protestant : c’est que si chacun a pour vocation de se décider « comme un grand », il est sain d’avoir de l’humilité en cherchant à développer ses connaissances de base et en s’enrichissant du débat avec d’autres interprétations possibles.

Il faut dire aussi que le protestant n’a pas uniquement une Bible en main pour décider de ce qu’il pense être juste. Comme tout chrétien, nous sommes à la fois dans le monde et hors du monde (Jean 17). Nous avons donc une Bible en main et le journal dans l’autre main, nous avons un regard sur la Bible et un regard sur ce monde, sur notre vie et sur celle des personnes qui nous sont confiées. Notre décision dans le domaine moral est une interprétation du monde à la lumière des questions que propose la Bible.

Mais c’est néanmoins faux de dire que ce serait la Bible à la main que le protestant est pape. C’est trop court. Le protestant est pape quand il est en prière, la Bible à la main, et regardant le monde. En effet, ce n’est pas la Bible qui fait autorité pour nous, mais la Bible interprétée selon « le témoignage intérieur du Saint-Esprit ». Ce témoignage du Saint-Esprit n’est pas extérieur, comme si Dieu nous tendait une table de pierre gravée de son doigt, mais c’est un témoignage intérieur, dans un dialogue intime et non-verbal avec Dieu. Nous sommes invités alors à donner une interprétation très personnelle du texte biblique et de ce monde. La Vérité n’est alors pas une nouvelle loi qui s’imposerait universellement, mais la vérité est dans cette démarche sincère, intime, intelligente et priante. Cette démarche est humble mais consciente de cette dignité que Dieu donne à chaque personne d’être debout devant lui, digne d’avoir son point de vue, et digne d’être envoyée pour porter notre fruit en notre temps.

Cette mission n’est possible pour nous que parce que Dieu nous appelle à l’exercer, qu’il nous en a donné les moyens, et qu’il nous assure de son pardon. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut dire « tout est permis,mais tout n’est pas utile, tout est permis, mais tout n’est pas constructif… et je ne me laisserai rendre esclave par rien » (1 Cor. 6:12, 10:23) Nous ne sommes donc ni esclaves de principes, ni de la lettre de la Bible, ni de l’église, ni des experts, ni de l’opinion des autres… Et pour ne pas être esclave de moi-même, Dieu seul, par son Esprit, peut me libérer.

Et maintenant, au boulot.

pasteur Marc Pernot